samedi, 16 juin 2007
12 juin 2007
Chers tous,
Aujourd'hui, sur France Inter, j'ai écouté l'émission 2000 ans d'histoire, présentée de 13 h 30 à 14 h par Patrice Gélinet. Le sujet en était Saint-Just (le révolutionnaire), et l'invité Jean-Jacques Lafaye. Remarques :
1. Les titres de l'invité à participer à l'émission étaient d'avoir écrit un livre sur Saint-Just, intitulé "Saint-Just : l'ombre des chimères", publié aux éditions du Rocher, en 2007 (137 pages) et que l'éditeur présente ainsi : "Quête psychologique, portrait érudit, interrogation critique, cette monographie du plus passionnant et littéraire héros de la Révolution française nous fait revivre, en douze tableaux, une tragédie personnelle qui se confond avec l'histoire, et dont l'écho résonne encore aujourd'hui, à l'heure de nouveaux fanatismes."
2. Il peut paraître étrange de donner la parole à un homme qui n'a écrit qu'un seul livre sur Saint-Just et qui, de plus, n'est pas même historien (contrairement à ce qui est indiqué sur le site de l'émission) mais polygraphe (une biographie de Stefan Zweig, un livre sur le fado, etc.). L'auteur, d'ailleurs, ne se cache pas de ne pas être un professionnel. Néanmoins, lorsqu'il cite des livres, il cite une biographie d'Albert Ollivier, et de Marie Leneru. Albert Ollivier a effectivement écrit un ouvrage intitulé "Saint-Just et la force des choses", préface d'André Malraux... et introduction de Michel Droit. Il cite aussi une biographie de Marie Lenéru. D'après les renseignements que j'ai pu voir sur Internet, Marie Lenéru écrivit, en 1922, un livre sur Saint-Just, avec une introduction... de Maurice Barrès. Donc, dans les deux cas, les rédacteurs des introductions n'étaient pas trop à gauche...
3. Apparemment aussi, Jean-Jacques Lafaye fait partie de la revue Politique internationale, fondée par Patrick Wajsman, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, conseiller éditorial du Président du groupe Figaro, fondateur et directeur de Politique Internationale et conseiller du Ministre de la Défense de 1993 à 1995 (pour la curiosité, il s'agissait de François Léotard).
4. Pour donner le ton de l'émission, j'en cite les premiers propos : "Vous n’avez rien à ménager contre les ennemis du nouvel ordre des choses, et la liberté doit vaincre, à quelque prix que ce soit. » (Saint Just, 10 octobre 1793). Puis Patrice Gélinet reprend : "Le 27 juillet 1794, sur la place de la Révolution, (l’actuelle place de la Concorde) les Parisiens étaient venus par milliers assister à la mort de deux hommes qui, pendant plus d’un an, avaient gouverné la France à un des pires moments de son histoire. Maximilien Robespierre, le visage défiguré par une blessure et qu’il fallut porter sous le couteau de la guillotine et celui que tout le monde appelait : « L’archange de la Terreur. » Louis-Antoine de Saint Just qui, comme si il accomplissait une tâche ordinaire, ne prononça pas un mot en montant sur l’échafaud, à l’endroit même où il avait fait guillotiner des milliers d’hommes et de femmes. C’était 9 mois plus tôt, lorsqu’au moment où la France était envahie de toutes parts, Saint Just avait fait voter une des lois les plus terribles de la Révolution : la loi des suspects".
5. Dans ces quelques lignes, on a "rien à ménager", "quelque prix que ce soit", "pires moments", "archange de la Terreur", "une des lois les plus terribles". L'impression de Saint-Just qui se dégage de ces quelques mots est celle de quelqu'un d'affreux, comparable aux Attila, Tamerlan, Gengis Khan, Ivan le Terrible...
6. Néanmoins, ce qui frappe, dans le cours de l'émission, c'est que l'invité semble, à plusieurs reprises, modérer les ardeurs de Patrice Gélinet, qui pousse au noir la peinture de Saint-Just. Ce qui est aussi frappant, c'est que l'on peut faire de ce portrait une double lecture, et, en particulier (bien que les deux interlocuteurs se gardent de le dire !), une lecture qui peut s'appliquer à ce que la droite abomine et diabolise : à savoir la gauche dans sa version "communiste" et l'islamisme. Par exemple :
- Lorsque Patrice Gélinet dit : "Saint-Just avait fait voter une loi du maximum sur les salaires et les prix", à quelle autre mesure contemporaine cela fait-il penser, sinon au contrôle des prix, mesure considérée comme abominable par la droite et les libéraux ? D'où l'enchaînement régressif suggéré : "Contrôle des prix = loi du maximum = Saint-Just = Terreur", d'où, en définitive, l'égalité : "Politique de gauche = Terreur".
- De même, lorsque Patrice Gélinet décrit le rôle de Saint-Just comme représentant en mission auprès des armées, il dit : "Qu'est-ce qu'il fait quand il est à Strasbourg ? Il demande aux riches, au fond, de donner leurs chaussures et leurs manteaux aux soldats...". Ce qui est intéressant, dans ce que dit Gélinet, ce n'est pas sa description de la réquisition auprès des Strasbourgeois, c'est le "au fond". Que vient faire cet "au fond" ? Qu'est-ce qu'il apporte à la phrase ? Quel est le sens qui se cache derrière cet ajout inconscient ? Le don des chaussures et des manteaux, en soi, n'était pas grand chose : si les riches n'avaient été touchés que dans leurs vêtements (c'est-à-dire ni dans leurs immeubles, ni dans leurs meubles, ni dans leurs disponibilités monétaires), le sacrifice n'aurait pas été bien grand. Mais il faut surtout voir le symbolique : s'en prendre aux chaussures et aux manteaux, c'est dépouiller. A la lettre et symboliquement. Et c'est là qu'intervient le "au fond", car il ne concerne pas ce qui suit (c'est-à-dire les chaussures et les manteaux), mais ce qui précède, c'est-à-dire... les riches. Et l'on est inconsciemment amené à penser impôts sur les riches = "prélèvements confiscatoires" = "ISF"...
- Certes, Patrice Gélinet fait soigneusement la distinction entre Saint-Just et la fraction gauche de la Convention (Hébertistes), comme, plus tard, avec de vrais précurseurs d'un idéal communiste, comme Babeuf (Saint-Just est très attaché à la propriété), et Lafaye précise que Saint-Just était pour une monarchie constitutionnelle. Les deux interlocuteurs admettent que Saint-Just n'était pas extrémiste sur les fins mais sur les moyens. Mais, subtilement, cette distinction joue, au bout du compte, contre l'idée révolutionnaire parce que, même chez des esprits modérés (dans les idées) comme Saint-Just, la violence finit par s'imposer. Et l'on a vite fait de remonter du moyen à la fin : si le moyen (guillotine) était violent, la fin (recherche de l'égalité) ne l'était-elle pas aussi ?
- Jean-Jacques Lafaye termine par ces mots : "[Saint-Just] était un parangon de l'extrémisme et l'extrémisme guette toujours dans le monde d'aujourd'hui". Les termes d'extrémisme et de fanatisme (employé dans la présentation) sont des termes-jokers, que l'on peut employer en pensant à quelque chose de bien précis et en sachant que l'interlocuteur l'entendra ainsi, mais en niant avoir l'avoir suggéré. Et certes, on peut penser aux extrémistes et fanatiques de l'ETA, ou de l'IRA, ou au Front National, ou aux partis d'extrême droite en Autriche ou en Belgique. Néanmoins, l'insinuation que ces sens pourraient se cacher est spécieuse. Car, à quoi pensent les Français, en juin 2007, lorsqu'on leur évoque des extrémismes et des fanatismes ? A ceux de l'islamisme, évidemment. Ce n'est pas à dire que les extrémismes de droite ne tuent pas dans l'Europe de 2007, mais ils sont tout de même moins prégnants dans les médias que tout ce qu'on nous présente des islamistes.
Ce qui m'a surtout frappé, dans l'interview, c'était l'extrême (si j'ose dire...) imprécision du langage de Lafaye, le manque de données précises, chiffrées, de références aux événements révolutionnaires, aux institutions, et, pour tout dire, son amateurisme. A l'écouter, on ne s'explique pas la position éminente qu'occupa Saint-Just, sinon par des éléments superficiels (sa beauté, sa prestance) ou ses talents oratoires. Rien n'est dit de sa pensée, de ses qualités de décision, de jugement, d'analyse, de synthèse. On voit un Saint-Just par le tout petit bout de la lorgnette. Or, par sa jeunesse, par sa précocité, qui ne sont pas sans évoquer d'autres esprits précoces - et souvent morts jeunes (Mozart, Rimbaud, Gallois, Pouchkine...), c'est toute la Révolution qui, par Saint-Just, fut comme traversée par l'éclair du génie. Ne retenir de lui que l'homme du fanatisme et de la guillotine, n'est-ce pas rabaisser la Révolution... et tout ce qui s'en réclame ? Mais est-ce fortuit dans la France d'aujourd'hui ?
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
09:00 Publié dans Radio | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
jeudi, 22 mars 2007
22 mars 2007
Chers tous,
Ce matin, sur France Inter, les invités de Nicolas Demorand, de 8 h 20 à 9 h, étaient Stéphane Rozès, directeur de l'institut de sondage CSA, et Loïc Blondiaux, professeur à l'IEP de Lille. Le sujet était : "Sondages : vrais ou faux amis ?" et l'émission avait lieu depuis Auxerre, ville censée représenter l'opinion française.
A un moment, Nicolas Demorand a interpellé ainsi Loïc Blondiaux : "J'aurais une question très précise à vous poser. On a vu un certain nombre de sondages indiquer que François Bayrou remporterait le second tour s'il y était, mais le problème, c'est que les mêmes sondages ne le qualifient pas pour le second tour ! Alors, comment analysez-vous ce qui est, au sens strict, une fiction ?". Et Nicolas Demorand, tout faraud, d'annoncer cela comme s'il avait découvert un nouvel anneau de Saturne...
Le problème (pour reprendre les termes du journaliste), c'est qu'en énonçant cette fine constatation, Nicolas Demorand ne faisait qu'avouer (ingénument) son ignorance du paradoxe de Condorcet, lequel prouve l'impossibilité de dégager avec certitude une volonté générale à partir d'une somme de volontés individuelles. Autrement dit, dans le cas qui nous occupe, si les électeurs préfèrent A à B et B à C, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'ils préféreront A à C ! D'où la possibilité que François Bayrou puisse fort bien, dans l'hypothèse d'un second tour, où il serait opposé à Nicolas Sarkozy, battre ce dernier, même si les électeurs ne le font pas accéder audit second tour...
En effet, ce qui est vrai au niveau individuel (si j'aime plus les fraises que les cerises et plus les framboises que les fraises, il s'ensuit que j'aimerai nécessairement plus les framboises que les cerises) n'est plus du tout vrai au niveau collectif, dès lors qu'on demande à un groupe de hiérarchiser ses choix. Ce paradoxe a été illustré avec humour par André Warusfel, dans "Les nombres et leurs mystères" (Seuil, Point Sciences, 1961, pages 28 à 30), et élargi par Kenneth Arrow.
De façon plus large, cette remarque souligne le manque de connaissances théoriques des journalistes, que j'avais déjà pointé avant-hier à propos de Fabrice Drouelle. En daubant sur l'archaïsme du trotskisme (voire, plus généralement, du marxisme), Fabrice Drouelle ne faisait que confirmer son ignorance de la philosophie. Cette dernière, en effet, est un outil conceptuel qui peut être repris à tout moment à partir de ses prémisses ou de ses postulats, et indépendamment du cadre dans lequel il s'insère (paganisme antique, christianisme ou pensée révolutionnaire socialiste). Quelques exemples :
- Même si Platon mourut en 348, sa pensée n'en continua pas moins à inspirer l'école néo-platonicienne, qui naquit au IIIe siècle (soit 500 ans au moins après la disparition du fondateur), ainsi que toute la théologie chrétienne du Moyen Age. Même chose pour le néo-thomisme (600 ans de différence) et même chose aussi pour certains problèmes soulevés par les philosophes du Moyen Age, tels que, par exemple, la querelle des universaux. Pour une large part des journalistes, le "marxisme", c'est l'Union soviétique, l'homme au couteau entre les dents... Mais, mutatis mutandis, la grille d'explication marxiste de la société et de l'économie demeure toujours pertinente.
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
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mardi, 20 mars 2007
20 mars 2007
Chers tous,
Aujourd'hui, j'ai écouté le journal de 13 h de France Inter présenté par Fabrice Drouelle. Il y était question, entre autres, des 12 candidatures à la présidence de la République entérinées hier par le Conseil constitutionnel. Je suis allé sur le site de France Inter réécouter les termes de Fabrice Drouelle. Voilà ce qu'il a dit et voici mes remarques.
1. En introduction : "[Cinq candidats d'extrême gauche]... dont trois trotskistes, un candidat sur quatre trotskiste : spécificité française" [Le "deux points" est de moi].
Remarques : lorsque, aujourd'hui, les médias ou personnes publiques (de la politique ou des intellectuels) usent d'expressions comme "spécificité française" ou d'adjectifs comme "franco-français", c'est presque toujours pour introduire un blâme, une critique, une moquerie à l'égard de leur pays. Et même, plus spécifiquement, c'est pour vilipender la France ou dauber sur ses habitudes à partir d'un point de vue qu'on dira, selon les préférences, américain, anglo-saxon ou néo-libéral. En effet, ces "spécificités françaises" ne sont en général pas flatteuses : que ce soit notre agressivité au volant, les "tracasseries" de l'Administration, l'empilement des collectivités territoriales, les "fromages-qui-puent" ou les hommes qui s'arrêtent pour uriner au bord des nationales.
Mais, bien entendu, la critique suprême est celle de notre refus obstiné (et incompréhensible) à recevoir la "bonne parole" néo-libérale : la France est le pays le plus hostile au libre-échange, le pays où l'économie est enseignée par des professeurs marxistes, le pays où l'administration est soviétoïde, etc. Et les trois candidats trotskistes sont présentés comme on présente, dans les grottes de Postojna (en Slovénie) le "proctus anguineus", animalcule préhistorique aveugle, qui ne subsiste qu'en ces lieux...
2. Après avoir traité quelques sujets, dont une manifestation d'enseignants, Fabrice Drouelle revient sur les candidats trotskistes. Il dit : "[Dont trois trotskistes], trois héritiers d'une idéologie du début du siècle dernier, dont on a un peu de mal à établir le lien qu'elle peut avoir avec les problèmes d'aujourd'hui en France...".
Remarques : il vaudrait la peine de revenir sur chacun des termes employés par Fabrice Drouelle, ainsi que sur les figures de style ou les pronoms personnels, tant ces termes sont révélateurs de tournures d'esprit, de tics de pensée... et, aussi, "d'idéologie", mal suprême dont il va de soi que Fabrice Drouelle, lui, n'est pas affligé.
- La survalorisation du présent et du futur, et, corrélativement, la dévalorisation du passé. Tout ce qui est du passé est dévalué, dévalué techniquement (les postes de télévision à tube), dévalué au sens monétaire - et originel (le franc est dévalué parce qu'on ne peut plus rien acheter avec) et dévalué moralement (ce qui était du passé a échoué et, par là même, a prouvé sa dévalorisation). Quels sont les mots qui expriment ce rapport au temps ?
- D'abord "héritiers" : hériter, c'est moralement répréhensible, car c'est parvenir en haut par les efforts des autres (ses ancêtres). Qui présente-t-on sans cesse comme modèles dans les "success stories" ? Microsoft, Apple et Google, dont l'ancienneté n'est pas de plus de 30 ans, et dont les créateurs sont "partis de rien" ! Même chose en France avec tel grand chef de cuisine créateur prodige, avec tel Carlos Ghosn, avec tel Jean-Marie Messier.
- Ensuite "début du siècle dernier", qui s'oppose à "aujourd'hui", lequel "aujourd'hui" est censé concentrer toutes les vertus. Dans une période où, pour un agent de change à la Bourse, le "long terme" est le quart d'heure qui suit, on a l'impression que, comme les informaticiens, Fabrice Drouelle vit "les années de chien". [Petite explication : on me disait, il n'y a pas si longtemps, qu'un an en informatique, c'était 7 ans de vie humaine, tant les progrès techniques étaient rapides et cumulatifs - progrès des mémoires, des vitesses d'horloge, des écrans plats, de l'Internet, etc., qui se multipliaient les uns les autres - à l'instar des chiens dont on pensait qu'un an pour eux c'était comme 7 ans pour nous]. Je ne suis pas éloigné de penser que, tout au fétichisme de la technologie, Fabrice Drouelle pense que celle-ci entraîne tout dans son sillage (moeurs, habitudes, politique, façon de vivre) et qu'il y a peut-être, pour lui, autant de distance entre 2007 et la Révolution d'Octobre qu'il y en avait entre celle-ci et Philippe le Bel...
- Idéologie (au singulier comme, d'ailleurs, dans un hypocrite pluriel) est le mot codé qui veut dire : pensée de gauche. Il signifie non seulement "qui s'oppose à la réalité", "qui refuse la réalité" mais aussi "qui veut déformer la vie dans un sens de toutes façons voué à l'échec". Sous une forme un peu ampoulée et pseudo-savante, ce n'est jamais que la reprise de la rengaine des conservatismes depuis 1789 : "Vous savez, de tout temps, il y a eu des riches et des pauvres, et ça, vous n'y pouvez rien...".
- "On a un peu de mal à établir le lien..." : litote à caractère ironique voulant signifier, en fait : "on a énormément de mal à établir le lien..." ou "C'est une tâche quasi impossible que d'établir le lien...". Et, en effet, si, pour Fabrice Drouelle, tout se calque sur la vitesse des changements de l'informatique, si le temps de Trotski (celui de la Révolution d'Octobre) est vieux de 600 ou 700 ans, on aura autant de mal à appliquer les outils conceptuels du trotskisme à la société d'aujourd'hui que de réparer un ordinateur avec les outils du charron de Philippe le Bel...
- La naïveté (ou la puérilité, ou l'ignorance) de Fabrice Drouelle est de s'imaginer que l'homme ne vit que sur un seul tempo, le plus rapide (par exemple celui des journaux radio, qui sont déjà défraîchis en fin de journée) et que notre temps, en 2007, est irrésistiblement entraîné par les progrès quotidiens de la technologie.
- En fait, collectivement, l'humain vit des temps très différents. Le politique est perçu au jour près (14 juillet 1789, 18 Brumaire, 6 juin 1944...), l'économique est plus long, le social, l'artistique, le religieux, le moral, le culinaire, le linguistique ont chacun leurs rythmes (on comprend encore en grande partie la langue de Louis XIV). Et surtout, la société ne change que très lentement sous des formes qui ne font que se superposer. Par exemple, au début du siècle, le riche dominait le pauvre, physiquement, du haut de sa calèche attelée. Aujourd'hui, le riche roule en "4 x 4", d'où il domine le pauvre à pied ou à mobylette. Où est le changement ?
Comme disent les conservateurs : tout changer pour que rien ne change. Les rapports sociaux ou politiques ont très peu bougé. Comme l'a établi, entre autres, René Rémond ("Les droites en France"), le vocabulaire, le style, la rhétorique, les programmes, les ouvrages, les libelles, les mesures législatives de la droite sont demeurés remarquablement constants de 1815 (début de la vie parlementaire moderne) jusqu'à 2007. En prenant une photo tous les 15 ans, on pourrait établir une remarquable continuité entre hommes, idées et politiques entre ces deux dates. [Pourquoi 15 ans ? Parce que c'est à peu près deux fois un mandat - ancien - de président de la République et la moitié d'une génération, estimée à 30 ans. En remontant à 1917, on n'aurait ainsi que 7 photos à prendre (pas plus de 7 !), où on découvrirait de remarquables continuités (les hommes assurant la transition des uns aux autres), contrairement à ce que pense le superficiel Drouelle].
3. Dernier point amusant : Fabrice Drouelle a ouvert son journal par l'histoire de ce facteur de Royère-de-Vassivière, dans la Creuse (dont je vous ai parlé hier) sanctionné par la Poste parce qu'en plus du courrier, il apportait de menues courses aux habitants (la commune s'étend sur un très vaste espace, elle n'a que 650 habitants et un habitat dispersé). Il s'en scandalisait bien entendu : mais sa façon d'en parler n'était pas "de gauche", c'était, sous d'autres modalités, une charge contre les absurdités et les mesquineries de l'administration, à la manière poujadiste. Et, ce dont il ne se rendait pas compte, c'est que cette conception du "service public" était tout à fait contraire au type de fonctionnement d'une société qui, pour lui, est "le" modèle : celle, précisément, qu'il oppose aux candidats trotskistes...
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD 37
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dimanche, 28 janvier 2007
28 janvier 2007
Chers tous,
Ce dimanche matin, depuis 9 h (heure à laquelle j'ai écouté le premier journal), il n'était bruit, sur France Inter, que du sondage "CSA - Le Parisien" faisant état de la baisse de Ségolène Royal dans les opinions des Français. Voici mes remarques à ce sujet.
1. Il était dit, dans ce sondage, que les Français jugeaient, certes, que Ségolène Royal était "plus proche des préoccupations" des Français, mais que le programme de Nicolas Sarkozy était plus "solide", plus "crédible" et plus "précis. De surcroît, Nicolas Sarkozy proposait des "idées nouvelles". Ce sondage avait été effectué mercredi, auprès d'un millier de Français en âge de voter.
2. Il se trouve que j'étais présent, ce jour-là, lorsque ma femme a répondu à ce sondage, qu'elle avait mis le haut-parleur et que j'ai donc pu écouter les questions. Le sondage comprenait aussi des informations de type sociologique (si on travaillait, si on avait une connexion Internet, à haut débit, combien de fois on se branchait, etc.). Ce qui m'a étonné dans les questions, ce sont deux points qui, au demeurant, se retrouvent à peu près toujours dans les sondages :
- Ils posent souvent des questions qu'on ne se pose pas, sur des sujets auxquels on n'a pas forcément réfléchi et pour lesquels (je l'ai constaté), le tiers est exclu. Autrement dit, on ne pouvait pas, par exemple, renvoyer dos à dos Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ou dire : "Je ne trouve pas la question pertinente". Le vice de ces questionnaires est de donner, de façon artificielle, une importance démesurée à des questions qu'on ne se pose pas. Supposons que l'on interroge, par exemple, les Français sur la littérature coréenne ou sur la cuisine bolivienne en ne posant que comme questions (oui/non) : "L'aimez-vous ?" ou "Ne l'aimez-vous pas ?". Quelle serait la valeur d'une réponse positive ou négative alors que la vraie réponse serait : "Je n'en ai aucune idée" ?
- Les termes "solide", "crédible", précis", "moderne", "idées nouvelles" ne sont jamais définis, ce qui laisse ouverte la voie aux interprétations les plus contradictoires. En fait, en l'occurrence, la démarche est bien plus perverse : dans les faits, "moderne" et "idées nouvelles" correspondent toujours - je dis bien "toujours" - implicitement dans les médias, à des sens néo- (ou ultra)libéraux. Sont ainsi qualifiés de "modernes" ou "nouveaux", tout ce qui est déréglementation, baisse d'impôts, flexibilisation des conditions de travail, retraite par capitalisation, incitation à la compétition, à la vitesse, investissement en Bourse, etc. Ces sens sont admis y compris par des organes de presse qui se piquent d'une appartenance de gauche (Le Monde, Libération, Le Nouvel observateur). Ainsi, en feignant de croire que tout le monde est d'accord sur un terme sans équivoque, comme pour "une clé à pipe de 12" ou "une saucisse de Strasbourg", on impose en fait subrepticement une seule interprétation, l'interprétation de la pensée unique.
- Même chose pour "solide", "précis" et "crédible". Il n'y a, en effet, pas de symétrie entre les mesures de droite et les mesures de gauche. Autant les premières sont aisées à mettre en oeuvre (on le voit bien depuis 20 ans, et, singulièrement, depuis 2002) en ce que ces mesures sont celles de la classe dominante, qui possède déjà les entreprises, les banques, l'argent et les médias et les relations avec les classes dominantes des autres pays. Lorsque, par les urnes, cette classe accède au pouvoir, elle dispose donc, en outre, du pouvoir politique. Alors que le contraire n'est pas vrai : il n'y a pas, entre les salariés de tous les pays, les relations étroites qui existent entre leurs patrons. Une évasion de capitaux ou une manoeuvre contre les emprunts d'Etat français sera appuyée efficacement par les capitalistes étrangers, une grève nationale n'aura qu'exceptionnellement un prolongement à l'étranger. Il n'est donc pas difficile au programme de l'UMP d'être "solide", "précis" et "crédible" ! C'est celui qui a été mis en place pour démanteler les retraites en 2003, pour baisser les impôts des riches, pour mettre en vente des appartements à la découpe, pour saboter la Sécu, pour imposer le CNE, etc. Alors que les réformes de gauche (les 35 h) son tellement déformées par les pressions patronales qu'elles finissent par ressembler au couteau de Lichtenberg : "sans lame et dépourvu de manche". Evidemment que les mesures de Nicolas Sarkozy sont "solides", "précises" et "crédibles" ! Ce sont celles qui sont mises en oeuvre aujourd'hui...
3. Mais ce n'était pas tout : Pierre Lellouche (responsable UMP à la fois ultralibéral et atlantiste) avait été invité sur le même journal de 8 h 30 à 9 h. Il n'avait pas cessé de dauber sur Ségolène Royal qui, paraît-il, ignorait le nombre de sous-marins nucléaires français. On pourrait rétorquer à M. Lellouche que cette connaissance est tout à fait anecdotique et que si, avant 2000, on avait interrogé l'actuel président des Etats-Unis sur l'histoire et la géographie des pays du monde et ce sur des questions simples (par exemple, le nombre approximatif d'habitants des pays de l'Union européenne ou les belligérants de la guerre de 1914) il n'est pas certain que l'on n'aurait pas eu des surprises... (et même si on lui posait la même question aujourd'hui, après deux mandats). En outre, les sous-marins nucléaires ne sont tout de même pas des objets dont le chef de l'Etat s'occupe tous les jours. N'est-il pas plus grave qu'un ministre croie qu'avec un salaire de 4000 euros on est dans la classe moyenne ? (Alors que simplement la moitié ferait déjà le bonheur d'une bonne partie des Français...). Eh bien, à 10 h, à 11 h et à 13 h, France Inter n'a pas cessé de repasser les sarcasmes de Pierre Lellouche.
Question : lorsque l'on décompte du temps de parole des candidats aux élections, comment - et au profit de qui - compte-t-on la prestation du CSA ? Du Parisien ? De France Inter ? Sur des questions équivoques, biaisées, les médias s'engagent derrière un candidat.
Dernier point, qui n'a rien à voir : dans quelques jours, Microsoft va mettre en service son nouveau système d'exploitation Vista, pour laquelle la firme fait déjà de la publicité depuis des mois. Dans le journal de France Inter, vers 13 h 20, pour en parler, le journaliste de France Inter avait invité... Nicolas Mirail, propre responsable de Vista à Microsoft France ! On aurait pu imaginer que ce soit un rédacteur de journal informatique (non intéressé à l'affaire) ou un universitaire ou un sociologue. Eh bien non ! France Inter a ainsi offert, au moins, dans les 3 à 4 minutes (estimées) de publicité gratuite, à une heure de grande écoute à une firme richissime et ultra-dominante sur le marché ! De plus, aucune question critique n'était posée et le salarié de Microsoft et le journaliste s'entendaient comme larrons en foire, le premier disant qu'on pouvait se brancher à tout moment sur France Inter, et le journaliste, faisant chorus pour conclure : "Je retiens qu'on pourra écouter toutes les stations de France Inter". Même, le journaliste "servait la soupe", en disant, faussement alarmé : "Et il faudra renouveler son matériel ?". Et l'autre de se faire patelin en parlant de mémoires, de gigaoctets, de processeurs, de 500 euros comme de rien... Autrement dit, un marché considérable pour tous les marchands d'ordinateurs dans les mois à venir.
A ce propos, deux autres remarques :
- Nicolas Mirail, de Microsoft, disait : "On a besoin de faire autre chose", comme s'il allait de soi que, au bout de 6 mois, de 12 mois, de 2 ans, il était absolument indispensable de consommer toujours plus et davantage de production informatique : de l'ordinateur, de l'Internet, du haut débit, des images, des jeux, etc. Comme si ce "besoin" était du même ordre que les besoins humains de base (manger, se loger, être soigné) ou les besoins comme se cultiver, avoir des vacances, une retraite, etc. Présenter la consommation à outrance comme un "besoin" est pour le moins étonnant !
- Lorsqu'une entreprise publique (comme EDF, SNCF, France Télécom) a une position dominante sur son marché national, elle est l'objet de toutes les critiques, de toutes les moqueries, de toutes les calomnies, de toutes les médisances et de toutes les attaques. Or, Microsoft a un monopole privé sur le monde entier ! Un monopole supérieur (90 % pour Windows), par exemple, à ce qu'est le monopole public de France Télécom, en France, dans son seul secteur. Tout ce qui est péché, vice, tare quand le monopole est public devient donc vertu, qualité et avantage quand ce monopole est privé !
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud
19:30 Publié dans Radio | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 27 janvier 2007
27 janvier 2007
Chers tous,
Aujourd'hui, au journal de France Inter de 13 h, vers 13 h 10, j'ai entendu ceci : "Une famille de Lyon, qui percevait le RMI et était bénéficiaire de la CMU, possédait en réalité deux luxueuses villas avec piscine et jacuzzi, roulait en voiture de luxe et prenait des vacances outre-mer. Tout cela avec l'argent d'un trafic de la drogue. C'est la police qui, intriguée par son train de vie, qui ne cadrait pas avec celui de RMIstes, qui a découvert la vérité". On apprend aussi au passage qu'il s'agit d'une famille d'Algériens, qui se rendait souvent en vacances dans les pays arabes du Golfe. Quelles remarques peut-on formuler ?
1. Cette "information" (que je mets entre guillemets, symboliquement, comme une matière répugnante ou nauséabonde) n'est qu'une information anecdotique. [Un peu comme lorsqu'on apprend que quelqu'un qui est passé par la fenêtre depuis le 20e étage s'en est tiré avec un ongle arraché]. Comme, dans l'immense majorité des cas, ceux qui font de telles chutes sont aplatis comme des crêpes, la communication d'une exception est, au sens propre, "in-signifiante".
2. Néanmoins, cette information ne se comprend que dans un contexte où elle s'insère avec d'autres informations. Par exemple, comme je le disais le 4 octobre dernier, pour le journal de France 2 de 20 h de David Pujadas, à propos du long reportage sur le RMIste qui avait écrit "Moi, Thierry F, chômeur professionnel". Rappelons qu'il s'agissait d'un RMIste qui, dans un livre qu'il avait écrit, se vantait de n'avoir pas travaillé durant 25 ans, mais néanmoins d'être propriétaire de son studio grâce à l'exploitation savante, minutieuse et systématique de tous les secours possibles. Notons que ce sujet avait été suivi, dès le lendemain [souligné], d'un sujet sur une fraude à la Sécurité Sociale portant sur 20 millions d'euros, et qui faisait partir des médicaments en Afrique, en Asie et en Europe de l'Est.
3. Quel est l'effet recherché ? C'est le même que celui de la vision. Lorsque l'oeil voit trois points non alignés, le cerveau interprète ces trois points comme "un triangle". Lorsque l'oeil voit 18 images voisines l'une de l'autre en une seconde, le cerveau interprète cela comme "un mouvement". Lorsqu'on distille, dans les journaux (radio, télévisés) des informations "fortes" de ce genre [je dis "fortes" en ce sens que leur caractère exceptionnel, paradoxal, fait qu'elles sont retenues par la mémoire], le cerveau interprète cela comme : "les RMIstes et chômeurs sont des filous, des tricheurs, des bandits et on a bien raison de tout leur sucrer.
4. Notons aussi que cette information est couplée avec une autre. Dans le cas de "Thierry F.", il s'agissait d'un Français. Ici, c'est non seulement un Arabe, mais un Arabe "superlatif", une quintessence d'Arabe. Comment cela ?
- D'abord parce que ce n'est pas "un", mais une famille, ce qui introduit la notion de prolifique, d'invasion, de mafia : ils se serrent les coudes, se fournissent des alibis, font le guet les uns pour les autres, etc.
- Puis ce sont des Algériens, c'est-à-dire des gens qui ont livré une guerre de 8 ans à la France, ont tué 25 000 soldats, humilié le pays, chassé des colons d'une terre qu'ils avaient transformée de désert en paradis.
- Puis ce sont des délinquants, qui construisent leur prospérité sur le malheur et la dépravation des autres (la drogue).
- Puis ils vont en vacances dans des pays du Golfe qui, aux tares propres aux Arabes "de chez nous" (voleurs, paresseux, violeurs, assassins, poseurs de bombes, preneurs d'otages, profiteurs, etc.) ajoutent les traits propres aux Arabes riches (exploiteurs, maîtres chanteurs de l'Occident à cause de leur pétrole, financiers de terroristes, etc.).
5. Donc, ici, d'une pierre on fait deux coups : un coup contre la politique sociale française et un coup contre "l'invasion" du tiers monde. Comme on l'écrit à la fin des films : toute ressemblance avec le programme d'un candidat aux présidentielles, qui veut faire des charretées d'immigrés et imposer un programme ultralibéral ne serait que pure coïncidence...
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, précisions et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
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samedi, 12 août 2006
12 aout 2006
Chers tous,
Depuis 48 h, sur France Inter, une nouvelle a pris le pas sur toutes les autres : le complot déjoué au Royaume-Uni par Scotland Yard (la police) et le MI5 (le contre-espionnage), complot qui, nous dit-on, visait un grand nombre d'avions à destination des Etats-Unis. Le mode de destruction présumé était un explosif sous forme liquide introduit en cabine dans des contenants d'usage courant. On peut, au stade actuel, formuler plusieurs remarques.
1. Sur la forme, tout d'abord : cette nouvelle, qui a éclipsé toutes les autres, y compris (et ce n'est pas fortuit, on y reviendra) la guerre au Liban, est un non-événement ! On a discuté, disserté, glosé de quelque chose d'inouï... qui n'est pas advenu !Mais combien d'événements inouïs - et non advenus - n'avons-nous pas vécus depuis le commencement du monde ? J'en choisis pour mémoire quelques-uns, en me bornant aux deux derniers siècles :
[- La mort de Bonaparte, Premier consul, dans l'attentat de la rue Sainte-Nicaise, le 24 décembre 1800. Du coup, plus de couronnement par Pie VII ! Plus de soleil d'Austerlitz ! Plus de passage de la Bérézina ! Plus de Waterloo ! Plus de mot de Cambronne ! Plus de Premier Empire ! Plus d'arc de triomphe de l'Etoile ! Plus de Napoléon III non plus, donc plus de guerre de 1870, plus d'unité allemande ! Bismarck, retiré à Varzin en 1865 (un an avant un Sadowa qui n'aura donc jamais lieu), meurt d'apoplexie en plantant ses choux.
- L'échec de l'attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914. Pour se donner du coeur à l'ouvrage, les conjurés vont à la taverne se jeter de grandes rasades de slivovitsa (eau-de-vie de prune). Complètement saoul, Gavrilo Prinzip arrive en retard et hors l'haleine sur les lieux de l'attentat et ne parvient qu'à crever les pneus de la voiture de l'archiduc. François-Ferdinand s'en tire avec un shako cabossé et succède deux ans plus tard à François-Joseph sous le nom de François-Ferdinand Ier. Il règne jusqu'en 1933. Lorsqu'il sort à pied de la Hofburg, du côté de Kohlmarkt, il glisse une pièce de deux couronnes au rapin Adolf Hitler, qui se confond en remerciements.
- La réussite de l'attentat du Petit-Clamart. Le général est inhumé, aux Invalides, à la place laissée vacante par un Napoléon inexistant (cf. plus haut). Michel Debré est élu président de la République. Pas pour longtemps : Mitterrand l'emporte haut la main en 1965. Du coup, plus de Mai-68, plus de libération des moeurs, pas de pilule avant 1990. Giscard d'Estaing, éliminé de la case Elysée, est réexpédié à la case Auvergne, où il se rabat sur Clermont-Ferrand. Il y mène une politique de grands travaux, faisant notamment creuser un métro entre la mairie et sa résidence de Chanonat, ce qui endette la ville pour deux siècles et demi.
- La victoire de l'équipe de France au Mondial de football de 2006. Les Italiens ont été aussi démoralisés par le coup de tête de Zidane sur Materazzi que les Français l'ont été, en 1982, par l'agression de Schumacher sur Battiston. La "Squadra Azzura" rate tous ses tirs. La France l'emporte par 6 à 1. Quatre millions de personnes déferlent sur les Champs-Elysées. Chirac, requinqué, décide de se représenter en 2007 et a de bonnes chances de l'emporter. Pour passer le temps, le couple Hollande-Royal, résigné à patienter jusqu'en 2012, met deux jumeaux en chantier. Lionel Jospin échafaude des plans pour 2017.]
Si je me suis permis cette fantaisie, ce n'est pas seulement parce que je suis en vacances, mais aussi pour souligner l'inanité de toute spéculation sur un non-événement. A chaque instant, la réalité laisse de côté une infinité de possibles (ou de probables, ou d'improbables... ou même d'impossibles !). En outre, quel est le lien de causalité entre l'enquête (?) des services spéciaux anglais et l'échec du complot ? Ce travail trop parfait des policiers anglais rappelle l'histoire du voyageur qui, dans le train, jette à intervalles réguliers une certaine poudre par la fenêtre du wagon. Intrigué, un de ses compagnons de voyage lui demande la raison du manège. "C'est pour éloigner les rhinocéros blancs de la voie ferrée". "Mais", rétorque le questionneur, "je ne vois pas de rhinocéros blancs !". "Evidemment", reprend le premier, "ma poudre les a mis en fuite".
2. Les présentateurs se sont bien aperçus que le dossier était mince. Aussi celui-ci a-t-il été relevé (ou rendu plus "sexy", pour reprendre les termes employés en 2003 pour présenter la "menace" des armes de destruction massives irakiennes) par un certain nombre d'épices :
- L'épice islamique, d'abord, en soulignant que les conjurés, de nationalité britannique, étaient tous d'origine pakistanaise. Cela rappelle les conjurés du 11 septembre 2001 (Saoudiens ou Egyptiens) et ceux des attentats du métro de Londres au mois de juillet 2005. Donc, double rappel : l'Islam, c'est comme la digitale ou la ciguë, même si ça pousse dans le champ d'à côté, c'est quand même du poison.
- L'épice du "conjuré-bien-intégré-qui-a-un-métier-et-ne-se-fait-pas-remarquer". C'est le fantasme de l'espion dormant, plus effrayant - car indiscernable - que le comploteur barbu à djellaba (aussi discret, en son genre, que l'espion - venant du froid - au chapeau mou et à l'imperméable mastic avec col relevé). Incidemment, ce trait désigne à la méfiance des Britanniques "de souche" le jeune homme (basané, certes, mais bien élevé) qui, en leur absence, s'est proposé pour nourrir les canaris et abreuver les poissons.
- L'épice de l'ampleur du projet déjoué. Les services américains ont parlé de complot "mondial". Il a été évoqué des attentats simultanés sur plusieurs avions, de plusieurs flottes aériennes, volant dans toutes les directions (de préférence vers Israël, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni), mais des attentats qui devaient être aux attentats du 11-Septembre ce que le bouquet final d'un feu d'artifice à Hong Kong est à un 14-Juillet d'un chef-lieu de canton du Loir-et-Cher.
- L'épice de l'invisibilité de l'explosif, de sa capacité à se confondre avec les produits les plus inoffensifs. En effet, cet explosif est censé être liquide. D'où l'interdiction aux passagers d'entrer en cabine avec les bouteilles de soda achetées dans l'aérogare, le sirop antitussif, le collyre pour les yeux et même le biberon du bébé. Ce biberon, dit-on, ne peut pénétrer en cabine qu'une fois que les parents ont aspiré à même la tétine [et quand la mère allaite, où aspire le père ?]. Ce trait est destiné à produire un effet terrifiant en accroissant démesurément l'écart entre l'innocuité apparente de la cause (un biberon, du lait, un médicament - toutes choses qui préservent ou protègent la vie) et les conséquences effroyables de l'effet : un gros porteur pulvérisé, des centaines de morts...
La psychose était telle que l'émission "Le téléphone sonne", sur France Inter, ce 11 août entre 19 h 20 et 20 h, était consacrée à ce sujet. Et chaque auditeur d'y aller de son histoire horrifique (telle femme contrainte de se mettre nue lors de la fouille à l'embarquement, tel homme proposant qu'au lieu d'être fouillés, les passagers se déshabillent entièrement et revêtent, pour la durée du voyage, des chemises de nuit ou des pyjamas). [Cette histoire de nudité, ou de changement de vêtements, n'est d'ailleurs pas anodine : elle rappelle, entre autres, la cérémonie qui eut lieu lors du mariage de l'archiduchesse Marie-Antoinette avec le dauphin, futur Louis XVI. Arrivée à la frontière, la princesse dut se défaire entièrement de ses habits autrichiens et être revêtue, par ses dames d'honneur françaises, des effets en usage à la cour de Versailles. Cette cérémonie - mélange de rite initiatique et de baptême - mêlait à la fois les notions de pureté, et de régénérescence. Le voyage en avion devient donc un rite de passage, qui confirme - ou infirme - l'innocence].
Cet excès de précautions était tel qu'il en rejoignait presque le trait d'humour de Stendhal dans La Chartreuse de Parme, où le comte Mosca, premier ministre du duc de Parme, pour rassurer son maître terrorisé par les complots, va lui-même ouvrir les étuis de contrebasse, pour s'assurer qu'aucun conjuré ne s'y dissimule. Je repense également à cette information hallucinante, entendue le 12 (ou 13) septembre 2001, selon laquelle, dans les milliards de débris, parfois minuscules, répandus dans tout Manhattan, les enquêteurs avaient retrouvé le passeport qu'un des conjurés - qui pilotait un des avions qui s'était écrasé sur le World Trade Center - portait dans la poche de son pantalon !
Ce qui n'était, au fond, que la version moderne de la princesse et du pois chiche. [Pour les non-initiés : un conte relate qu'un prince était, depuis des années, à la recherche de la femme idéale. Un soir, se présente au château une jeune fille pauvre, mais très belle et de grande allure. La reine-mère, pressentant qu'il s'agit là de l'épouse tant désirée, décide, pour en avoir le coeur net, de faire elle-même le lit de la belle. Elle entasse dix matelas les uns sur les autres et, sous le dernier, glisse un pois chiche. Au matin, elle demande à la jeune fille comment elle a dormi : "Très mal", lui répond celle-ci, "toute la nuit, une horrible pointe m'a meurtri les côtes". La reine, se disant qu'une jeune fille aussi délicate ne peut être qu'une princesse bien née, l'agrée donc pour son fils.]
3. Cette terrifiante série d'attentats (qu'on peut d'autant plus grossir qu'ils n'ont pas eu lieu) est à mettre en relation avec des événements, bien réels, ceux-là, et bien catastrophiques, puisqu'il s'agit de la guerre menée par l'Etat d'Israël. Cette guerre présente les caractères suivants :
- Elle se déroule sur trois fronts : le Liban, Gaza et la Cisjordanie. En effet, le tintamarre de la guerre du Liban ne doit pas cacher les opérations très dures qui continuent de se dérouler à Gaza (tirs par avions, hélicoptères, artillerie) et également en Cisjordanie. Ce n'est pas seulement avec les Palestiniens, mais aussi avec les Libanais, et, potentiellement, avec une grande partie du monde arabe (la Syrie étant explicitement menacée), voire musulman (cf. l'Iran), qu'Israël se trouve en état d'hostilité.
- Au Liban, elle ne concerne pas seulement "une bande frontalière de 30 km de profondeur", mais l'ensemble du Liban, y compris sa capitale, Beyrouth, toutes les voies d'accès à la Syrie, et les postes-frontière avec ce pays (puisque plusieurs ouvriers agricoles y ont été tués par un raid aérien).
- Les pertes sont disproportionnées : une soixantaine de victimes civiles, côté israélien, contre 1100 ou 1200 côté libanais. La disproportion est du même ordre que celle des guerres menées par l'Occident depuis 1991 : première guerre du Golfe, guerres de Bosnie et du Kosovo, guerre d'Afghanistan, guerre d'Irak. De surcroît, les destructions causées aux infrastructures civiles sont sans équivalent côté israélien et côté libanais. Les roquettes du Hezbollah tombent n'importe comment et n'importe où, et ont des charges de quelques dizaines de kilos. Les bombes israéliennes sont beaucoup plus ciblées et pèsent entre plusieurs centaines de kilos et quelques tonnes.
- Cette guerre, néanmoins, par rapport aux précédentes guerres régulières : celles de 1948, de 1956, de 1967 et de 1973, est un échec. Elle est un échec du fait qu'elle ne s'est pas traduite par un succès rapide. Lors de toutes les guerres précédentes, Israël affrontait des armées bâties sur son modèle, qui, sur le papier (mais sur le papier seulement !), l'emportaient de loin en unités (hommes, canons, chars, avions) sur sa propre armée. Dans tous les cas, les armées arabes avaient tenu au mieux quelques semaines, au pire quelques jours, voire quelques heures (comme dans la guerre des Six Jours). Même en 1982, Israël, en quelques jours, avait abattu quelque 82 Migs syriens sans perdre un seul avion. Ici, face à un ennemi sans traits distinctifs (stigmatisé parce qu'il se dissimule parmi la population... comme toute guérilla populaire se dissimule dans la population dont elle émane), un ennemi sans aviation, un ennemi sans artillerie lourde, un ennemi sans hélicoptères, un ennemi sans marine, un ennemi aux effectifs bien moindres que sa propre armée, Israël, au bout d'un mois, se heurte à la même résistance qu'aux premiers jours et continue de recevoir des roquettes sur son sol.
- Cette guerre occasionne de lourdes pertes dans l'armée israélienne. Examinons-les par comparaison avec les pertes de l'armée américaine en Irak depuis le 19 mars 2003. D'après le site www.antiwar.com, ces pertes s'élèvent à 2600 hommes. Cela fait 2600 tués en un peu plus de 40 mois. L'armée israélienne a eu 65 tués en un mois. Voyons maintenant les rapports de population des deux pays : 6,3 millions d'habitants pour Israël, 298,4 millions pour les Etats-Unis. Le ratio de l'un à l'autre est de 47,4 (arrondi) et, sur un mois, cela donnerait, à l'armée américaine, 3078 morts, et, depuis le 19 mars 2003, dans les 124.000, soit plus du double des 12 ans (de 1963 à 1975) de l'engagement américain au Vietnam ! Pour mémoire également, les pertes britanniques durant la guerre des Malouines furent de 255 tués et les pertes israéliennes durant la guerre des Six Jours, de 800 tués (mais toute l'armée israélienne était mobilisée, ce qui n'est pas le cas actuellement). Proportionnellement, donc, les Israéliens ont des pertes élevées.
- Cette guerre est erratique dans ses buts : initialement, elle a été déclenchée par l'armée israélienne pour récupérer deux (deux !) de ses soldats enlevés par le Hezbollah. On ne peut qu'être frappé (c'est le cas de le dire) par la disproportion entre la cause invoquée et l'effet produit : comme si, en présence d'un ongle incarné, le chirurgien préconisait l'amputation de la jambe. Chaque jour qui passe, le gouvernement israélien, comme un joueur qui perd au tapis vert, fait monter l'enjeu.
4. Qu'est-ce que cette guerre a à voir avec le "complot" déjoué au Royaume-Uni ? Ceci : depuis 2001 au moins, et, plus encore depuis 2003, l'actuel gouvernement britannique épouse toutes les inflexions de la politique étrangère du gouvernement américain, en particulier au Proche-Orient, où les deux gouvernements soutiennent à peu près sans faille la position israélienne (au point, d'ailleurs, que les positions européennes sur ce sujet ont toujours été gauchies - si l'on peut dire... - dans un sens favorable à Israël par le gouvernement britannique depuis le début de la crise). Au moment où les choses se passent mal pour Israël et où l'opinion israélienne commence à douter du bien-fondé de la politique de son gouvernement, cette crise arrive à point nommé.
5. Comment la manipulation se déroule-t-elle ? De plusieurs façons :
- D'une part, par le choix de la succession des deux informations : d'abord le complot au Proche-Orient, que suit, immédiatement après, la guerre au Liban. Mais l'ordre de succession n'est pas innocent : lorsque, dans un même journal télévisé, on fait se succéder des attentats à Karachi, des meurtres à Bagdad, des roquettes envoyées sur Israël, des émeutes de banlieue à Clichy ou aux Minguettes, un procès d'anciens détenus français de Guantanamo, des violences scolaires commises par des jeunes (basanés, de préférence), l'idée qui finit par s'installer est celle-ci : les musulmans ne sont pas fréquentables.
- D'autre part, par l'usage dans les deux informations (le "complot" de Londres et la guerre du Liban), de mots communs à ces deux informations : Al-Qaida, Pakistan, filière, soutien, financement, services secrets, attentat, complot, manipulation, islamique, 11-Septembre, etc. Un peu comme, parfois, lorsqu'on écoute une information à la radio et qu'on est, simultanément, sollicité par une conversation, il nous arrive d'insérer par inadvertance, dans cette conversation, un mot écouté à la radio mais qui n'a rien à voir avec le contexte de l'entretien. Ou bien lorsque, en une fraction de seconde l'oeil, inconsciemment, accroche de façon liminale un mot sur une affiche ou sur un panneau indicateur et qu'on se surprend à répéter mécaniquement ce mot qu'on ne se souvient cependant pas d'avoir lu.
- Enfin par le mélange, dans la même phrase, de verbes au présent ou au passé composé de l'indicatif (les conjurés "sont originaires" de Birmingham, ils "ont été arrêtés") qui mentionnent des faits réels, et de verbes au conditionnel (le cerveau du complot "serait" en fuite, les membres du réseau "auraient envisagé" de faire sauter les avions le 16 août), qui ne font qu'avancer des hypothèses. Or, à l'arrivée, tout se passe néanmoins comme si les verbes à l'indicatif (réel) et les verbes au conditionnel (hypothétique) étaient ramenés au même statut : celui de l'indicatif ! L'esprit, en effet, crée du cohérent. Comme dans certains monuments reconstruits (la Frauenkirche de Dresde, par exemple, rebâtie 60 ans après le bombardement de 1945), où l'essentiel des matériaux est neuf mais où ont été réemployés les éléments d'origine identifiables qui retrouvaient place dans le puzzle. En s'attardant aux détails, l'oeil distingue bien les pierres neuves (en clair), des pierres anciennes (en sombre). Néanmoins, malgré un aspect quelque peu moucheté, l'impression d'ensemble est bien celle de l'édifice réellement existant, qui se dresse devant le spectateur. Si l'oeil distingue des taches sombres, l'esprit ne les aperçoit plus. Il en va de même d'un récit composé à deux modes différents : entre le mode qui tient l'édifice (l'indicatif) et le mode qui colmate quelques trous (le conditionnel), l'esprit ne s'attarde guère à clopiner de l'un à l'autre : il accorde vite au tout le statut du plus solide, celui du réel. Pour en revenir au complot, les éléments réels de celui-ci (le nombre de conjurés, l'indication précise des lieux et heures des arrestations, la description des explosifs), conjugués aux éléments de rappel (les attentats du 11 septembre 2001 à New York et de juillet 2005 à Londres) possèdent un pouvoir liant assez fort pour faire tenir ensemble des pièces que, considérées isolément, on regarderait comme branlantes.
- Ces illusions de la perception, que chacun de nous a pu expérimenter, fonctionnent ici d'autant mieux que les deux sujets ("Liban" et "complot") présentent des champs sémantiques communs et des connotations communes (ce qui ne serait pas le cas, par exemple, de deux sujets comme "astronomie" et "culinaire" - encore qu'on puisse toujours en trouver). Or, bien que les deux sujets soient manifestement séparés (car aucun de ceux que les médias dominants présentent comme les "ennemis acharnés" de l'Occident - Iran, Syrie, Hezbollah, Hamas, Al-Qaida - et dont ils espéreraient que, à l'image de l'hydre de Lerne, les têtes se réunissent en faisceau pour les trancher d'un seul coup, n'a - bien au contraire ! - aucun intérêt à susciter, par des initiatives intempestives, un front uni des Européens et des Américains), tout se passe comme si, par ces procédés subliminaires, on voulait nous convaincre du contraire, et, neuf siècles après, nous intimer l'ordre de remonter en croupe derrière Godefroy de Bouillon pour courir sus au Sarrasin.
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, compléments et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD 37
19:05 Publié dans Radio | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 06 août 2006
5 aout 2006
Chers tous,
Aujourd'hui, le journal de 19 h de France Inter s'est ouvert sur le déclassement de Floyd Landis, le vainqueur (américain) du Tour de France 2006, sanctionné pour s'être dopé. Les journalistes soulignent que c'est la première fois que cela se produit et jugent avec beaucoup de rigueur et d'indignation ses explications embrouillées et embarrassées. Je trouve fort mal venues la sévérité et les déclarations vertueuses des journalistes et, pour une part, j'aimerais ôter un peu de la responsabilité de ce malheureux.
1. Prologue (ou apologue). On dit que Jeb Bush, frère cadet de George Bush, est très proche des vendeurs d'armes à feu, et, en particulier, de la très puissante NRA (National Rifle Association), où - il me semble - Charlton Heston (avant sa maladie) tenait une place éminente. J'ai également lu que, dans l'Etat de Floride, dont il est le gouverneur, Jeb Bush avait facilité les démarches pour la vente des armes à feu (y compris à des très jeunes). D'un autre côté, comme son frère George, Jeb n'est pas très généreux avec les demandes de grâce des condamnés à mort et les refuse systématiquement. [Parenthèse : vous allez sans doute trouver que je manque un peu de références, mais, globalement, sur l'ensemble des Etats-Unis, la vente d'armes à feu marche très bien... et la machine à verdicts n'a rien à lui envier]. Qu'est-ce que cela veut dire ? Que la société libérale procède, dans son fonctionnement, à la manière des ressorts des contes de fée. Ce ressort, en effet, est toujours le même : un personnage fabuleux (fée, mage, magicien), promet à un humain des pouvoirs extraordinaires, moyennant le respect d'une condition, laquelle est d'autant plus difficile à observer que les occasions d'y déroger sont (à dessein) placées sous le nez du héros (ou de l'héroïne). Pour en revenir aux armes à feu, on sait que 90 % des tueries, aux Etats-Unis, n'ont pas lieu sur des bandits ou des voleurs, mais sur des voisins, amis ou parents du possesseur de l'arme (quand ce n'est pas sur ce possesseur lui-même). Un objet suscite toujours les occasions de s'en servir : on vend des voitures rapides, les automobilistes roulent à tombeau ouvert. On vend des armes à feu : leurs possesseurs se tirent dessus à tort et à travers. L'organe crée la fonction.
2. Qu'est-ce que cette histoire a à voir avec le dopage dans le Tour de France (voire avec le dopage en général) ? Ceci : on place une tentation sous le nez des sportifs (être le vainqueur, le meilleur, le recordman, avoir son nom dans les journaux, gagner beaucoup d'argent) mais on se détourne d'eux comme de malpropres, on les met plus bas que terre lorsqu'ils succombent à la tentation de se doper, pour, précisément... devenir ce qu'on les presse de devenir (des champions, des surhommes - c'est curieux, on n'utilise pas le mot "surfemme"...). Comment ? Pourquoi ?
3. Un point qui m'a surpris, depuis très longtemps (mes années de lycée, pour être précis) était l'enthousiasme déclenché par chaque nouveau record (en matière de temps ou d'espace) alors qu'il me paraissait que ces records, avec le temps, adoptaient une courbe asymptotique. Pour être clair : au début (parlons de façon générale), les records se mesuraient en dizaines de secondes. Puis ils se sont mesurés en secondes. Puis en dixièmes de secondes. On n'est pas loin des centièmes de secondes, puisque j'ai entendu parler de 100 mètres courus en 9,75 secondes. Il me souvient (c'était en 1960), que le premier homme à courir le 100 mètres en 10 secondes tout rond (l'exploit symbolique !) fut l'Allemand Armin Harry (pourquoi ai-je encore son nom en tête ? Mystère...). Depuis, il ne me semble pas qu'on soit descendu au-dessous de 9,7 secondes et encore, ai-je dit, je crois qu'on commence à parler de centièmes de secondes. Il en va de même des records de natation, ou de tout ce qui est de la vitesse, ou même des longueurs (comme les sauts, où les progrès se font par décimètres, puis par centimètres, puis par fractions de centimètres, etc.).
4. Or, une des choses que j'ai retenues de ma vie professionnelle (chose au demeurant connue de tous) est celle-ci : dans tous les domaines humains (tous, sans exception), pour arriver à 90 % de qualité dans une activité (je donne une valeur approximative), il faut un investissement auquel on accordera une valeur 100 (en argent, en temps, en calories, en joules, en tout ce qui fournit de l'énergie). Mais - on le constate en général sur des graphiques enregistreurs - pour arriver à une qualité de 91 % (soit un point de plus), il ne faut pas investir 101 ou 102 (soit une unité - ou deux - de plus que pour arriver à 90), mais carrément 200, c'est-à-dire autant que pour les 90 premières unités de valeur. Puis, pour passer à 92, on a une nouvelle augmentation, mais encore plus forte (il faudra, par exemple, investir 370) etc. Les puristes contesteront sans doute ces chiffres mais pas l'allure de la courbe, qui connaît son point d'inflexion à peu près toujours au même endroit : à 9/10 ou à 90/100, etc.
[Un bon exemple, pour s'en tenir à celui-ci, est la vitesse sur route - sujet sur lequel je me suis souvent penché. Ce dont on s'aperçoit, c'est que si on parcourt une certaine distance à une certaine vitesse, chaque fraction de vitesse supplémentaire entraîne une diminution du temps de parcours mais bien moindre, proportionnellement, que l'augmentation de vitesse considérée ! (Par exemple, pour ma part, en roulant à une moyenne de 90 km/h, je parcours les 107 km de Tours à Châteauroux en 1 h 30. Une fois, avec un collègue - nous étions en retard - nous avons poussé (sur une nationale !) des pointes à 150 km/h. Résultat : nous avons gagné 8 à 9 mn). Ces résultats peuvent se démontrer théoriquement - en fonction des temps d'accélération et de décélération - mais aussi pratiquement, en ce que toutes les expériences, dans tous les pays (par la police, les automobiles-clubs, les associations de sécurité routière) l'ont toujours établi, sur tous les types de voies (des autoroutes aux chemins vicinaux) et sur toutes les distances. Ces expériences, bien entendu, s'entendent avec neutralisation des conditions légales d'observation du Code de la route, elles ne portent que sur des conditions physiques, pas juridiques].
5. Appliqué au sport, qu'est-ce que cela signifie ? Simplement que, pour chaque nouvelle fraction de temps ou d'espace que veut gagner le sportif : une seconde, un dixième de seconde, un centième de seconde, un décimètre, un demi-décimètre, un centimètre, une fraction de centimètre, il devra investir un "effort" musculaire, une tension encore plus grande pendant un temps plus long, etc. Or, comme il apparaît que les "progrès" sportifs sont asymptotiques - c'est-à-dire qu'on finit par s'enthousiasmer pour des progrès infimes (à la limite, on ne mesure plus que les progrès des chronomètres ou des lasers. Quand on mesurera des nanosecondes ou des nanomètres, les sportifs feront chaque fois des progrès fabuleux !), il faut bien trouver quelque chose. Et ce "quelque chose", c'est le dopage.
6. On n'a évoqué, ici, que les exploits sportifs mesurables et qui enregistrent des performances absolues. Mais cela vaut aussi pour les performances relatives (un sportif l'emporte sur un autre, une équipe en bat une autre). Et cela vaut aussi pour les exploits cumulés : remporter tant de fois de médailles d'or, ou être vainqueur tant d'années de suite à une épreuve (Tour de France) ou remporter tant de titres dans des disciplines différentes (course, saut en longueur). Ce qui, d'ailleurs, revient au même, puisque ces données peuvent aussi s'exprimer par un chiffre (il a gagné tant de fois à Wimbledon) ou par une fraction (il a gagné tant de fois en une carrière de tant d'années).
7. Le problème est que cela vaut, aujourd'hui, pour systématiquement tous les aspects de la vie humaine, que cela concerne :
- Un individu : le plus jeune bachelier, celui qui a réussi au plus grande nombre de concours aux grandes écoles, l'homme le plus riche, etc.
- Une collectivité : la société la plus performante (leader dans sa partie), le pays qui a le plus haut niveau de vie, la société de Bourse qui verse les meilleurs dividendes, etc.
- Des objets produits par l'homme : ordinateurs les plus rapides, les plus plats, les plus petits; avions les plus grands, les plus chers, les plus rapides, etc.
Bref, il n'est pas une activité humaine qui ne soit marquée par le culte de l'exploit, soit absolu, soit relatif (celui qui l'emporte sur les autres). Entre le sport et les autres activités humaines, il en va comme de la poule et de l'oeuf. Qui a commencé le premier ? Est-ce le sport qui a "contaminé" le reste des activités humaines, ou sont-ce ces activités qui ont imprimé leur marque au sport ? Il semble, au bout d'un certain temps, que ces deux grands domaines se renforcent l'un l'autre. Tout le vocabulaire créé dans l'un est exporté dans l'autre (on y reviendra). Par exemple, pour exprimer la volonté frénétique de l'emporter sur un adversaire, dans les affaires ou en politique, on emploie le verbe "tuer". Mais on l'a également employé en matière de sport (et cela éveille des souvenirs affreux quand on se rappelle les tueries - réelles celles-ci - des stades du Heysel ou de Sheffield). A l'inverse, les grands événements sportifs déclenchent des surenchères d'adjectifs : l'an dernier, pour le choix de la ville qui accueillerait les Jeux olympiques, j'ai entendu l'adjectif... "interplanétaire" !
8. En ce qui concerne plus précisément le "dopage", il faut noter que c'est un terme qui est souvent employé, de façon métaphorique (et, bien entendu, dans un sens positif) par les commentateurs économiques. C'est un mot très prisé par Jean-Marc Sylvestre. C'est une expression qu'il affectionne (les marchés dopés par l’Internet, les entreprises dopées par les commandes d’ordinateurs, les économies émergentes dopées par les importations occidentales, les entreprises américaines dopées par les fonds de pension, etc.). Or, le dopage a donné – et donne encore – lieu à des procès contre les athlètes coupables (et victimes) de ces pratiques. On a découvert les effets ravageurs de ces substances sur les sportifs de haut niveau (notamment de l’ex-R.D.A.), et, actuellement, le terme dopage possède une connotation négative. Or, il y a plus qu’une métaphore dans ce passage du propre au figuré. Dans les deux cas, on injecte là "un" liquide, ici "du" liquide. Dans les deux cas, l’effet se traduit par un coup de fouet, une accélération brusque et violente (ici du corps, là de l’économie). Dans les deux cas encore, la conséquence ultime est une dégradation irréversible de l’organisme soumis à ce traitement (le corps ou l’entreprise). Dans les deux cas enfin, l’organisme qui a cessé d’être utile (l’athlète âgé ou la technologie obsolète), est abandonné pantelant. On repensera ici au roman de Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon (histoire parallèle - et émouvante - d'une souris de laboratoire, Algernon, et d'un garçon simplet, Charlie, employé par ce même laboratoire. L'histoire est celle-ci : un jour, un chercheur trouve une substance qui rend intelligent. On la teste sur Algernon, la souris. Elle se met à accumuler les performances. Puis - évidemment ! - on a l'idée de la tester sur Charlie, le garçon simplet, tout juste bon à nourrir la souris. A son tour, il accomplit des exploits, il devient chercheur, directeur de laboratoire, etc. Puis, en examinant la souris, il s'aperçoit un jour qu'elle rate un test. Puis un. Puis deux. Puis trois, dix, etc. Puis qu'elle dégénère très vite et finit par mourir. On se doute de ce qui va arriver à Charlie...). Le "dopage", en tant que métaphore, représente une des modalités de l’usage de la vitesse, un des concepts qui sous-tendent l'idéologie néo-libérale.
9. Pour résumer, que ce soit dans la vie sportive ou la vie sociale ou la vie économique, l'individu est sommé de réaliser des exploits. Toute la vie est présentée sous forme de performances, de records à battre, que ce soit dans le sport ou ailleurs. On baigne dedans, c'est notre oxygène, c'est notre atmosphère. Il paraît donc singulièrement inconséquent, lorsqu'on entretient une telle mentalité, de ne condamner que ceux qui n'ont été coupables... que de se faire prendre.
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, compléments et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud
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jeudi, 03 août 2006
3 aout 2006
Chers tous,
Depuis hier, il n'est bruit, sur France Inter, que de l'état de santé de Fidel Castro (et l'info arrive même, parfois, en première position, avant la guerre du Liban). Cet état de santé éveille la fébrilité des journaliste et - s'en étonnera-t-on ? - suscite chez certains d'entre eux une espèce de joie guillerette à l'idée que, peut-être, d'ici quelque temps, on pourra s'écrier, comme Yves Mourousi l'avait claironné le 12 septembre 1973, le lendemain du renversement de Salvador Allende : "Chili : c'est fini !".
1. Ce jour, mercredi 2 août, à l'émission "Le téléphone sonne", sur France Inter, de 19 h 20 à 20 h, le thème de l'émission était : "Cuba : Imaginer l’après Fidel Castro. Changements ou continuité ?". Les deux invités-experts de l'émission étaient Olivier Languepin et Serge Raffy. Le premier est journaliste à La Tribune-Les Echos (et, d'après mes recherches sur Internet, il l'a aussi été - ou l'est encore - au Point), le second au Nouvel Observateur. Ces deux journalistes ont écrit des livres sur Cuba et Fidel Castro. On dira, par litote, qu'ils ne sont pas des amis intimes du régime cubain... Il est difficile d'imaginer qu'on n'aurait pas pu trouver, à Paris, quelqu'un qui fût moins outrageusement partisan... Les vacances n'expliquent pas tout et on peut faire des émissions en duplex.
2. Serge Raffy, par exemple, évoquant la passation (temporaire) des pouvoirs à Raul Castro, frère cadet de Fidel, dit : "Cela se passe en famille, comme dans la Mafia". Le terme Mafia est, bien évidemment, très péjoratif. Dans l'idée de Serge Raffy, cette comparaison fonctionne au premier degré ainsi : "la Mafia est violente, et le régime cubain est violent [il en sera d'ailleurs question tout au long de l'émission], donc, il est normal de comparer l'un à l'autre". Sauf que... sauf que... la Mafia n'est pas seulement violente, elle est aussi - elle est même au premier chef - hors la loi et parasite. Elle vit d'activités telles que le vol, le chantage, le trafic de drogue, la prostitution - qui s'exercent au détriment des citoyens et elle est hors la loi. Il semble bien que, subrepticement, l'idée que cherchait à faire passer Serge Raffy, au second degré, était celle d'un Cuba hors la loi, qui n'a pas sa place dans une société des nations normale.
3. Parmi les auditeurs qui appelaient, certains étaient fortement hostiles à Cuba, d'autres favorables. Ces derniers faisaient valoir l'embargo américain, depuis plus de 40 ans, ou bien les progrès réalisés par Cuba en matière d'alphabétisation ou de santé. C'est aux questions de ces auditeurs qu'ont répondu Languepin et Raffy et leurs réponses valent d'être reproduites.
4. Par exemple, Olivier Languepin disait : "Cuba est le pays le plus pauvre du monde. Même les ouvriers chinois gagnent environ 1 dollar de l'heure. Les Cubains, lorsqu'ils se lèvent, vont travailler - à la journée - pour 50 centimes (sous-entendu d'euro)". La réponse de Languepin était particulièrement spécieuse car, comme un auditeur le lui fit remarquer, la monnaie en cours à Cuba est le peso et non l'euro. La malhonnêteté de Languepin consistait à suggérer que les Cubains gagnaient 50 centimes d'euro la journée... mais avec un niveau des prix français ! Cela est rigoureusement impossible, car, à ce prix, ils seraient morts au bout de 24 h !
- Ici, Languepin jouait de façon spécieuse sur la confusion entre valeur de la monnaie et niveau de vie. Les deux sont abusivement confondus lorsqu'on apprécie le prix des marchandises produites dans un pays à salaires faibles (par exemple la Chine) et la France. Effectivement, ces prix sont de cinq à dix fois plus bas ! Mais les Chinois n'ont pas un standard de vie qui est le cinquième ou le dixième de celui des Français, en particulier dans les secteurs vitaux : nourriture, eau, énergie, santé, sinon ils seraient morts ! Il faut, sous certaines conditions très strictes, raisonner en PPA (Parité de Pouvoir d'Achat) - ou Panier de la ménagère. Sinon, depuis 48 ans, Cuba - ou la Chine, ou le Vietnam, ou n'importe quel pays du tiers monde - auraient connu des ravages démographiques qui les auraient rayés de la carte.
En outre, Languepin omet de préciser que, par la nature du régime, bon nombre de biens ou services sont gratuits ou à très bas prix : santé, éducation, logement, énergie, prix subventionnés, etc. Enfin, plus largement, il est typique que le critère retenu par Languepin soit un critère monétaire (conforme à un instrument de mesure capitaliste) et non un critère tel que l'IDH (Indice de Développement Humain), qui recense les résultats physiques concrets d'une politique : moyenne d'âge, alphabétisation, accès aux soins, situation des femmes, etc.
5. Comme on demandait ce que pensaient les Américains de cette situation, Serge Raffy a répondu : "Les Américains se méfient. Ils se sont tellement fait avoir par Fidel Castro ! Il les a tellement manipulés !". Serge Raffy, sans le savoir, est un humoriste. Il rappelle un sketch (d'un des Marx Brothers, je crois) où le comique était censé jouer du piano à queue. Mais le tabouret était à 1,50 m du piano. Alors le comique se levait... et poussait le piano vers le tabouret. Apparemment, Serge Raffy n'a jamais entendu parler de la Baie des Cochons ou des multiples tentatives de déstabilisation de l'île ou de meurtre de Fidel Castro... Il fait comme si Cuba était un énorme pays de 300 millions d'habitants, doté de l'arme nucléaire, et les Etats-Unis une minuscule démocratie de 11 millions d'habitants.
6. A un interlocuteur qui faisait valoir que les Cubains étaient peut-être réticents envers le capitalisme sauvage ou l'ultralibéralisme, Languepin répondit : "Mais je pense que les Cubains en veulent, des ravages du libéralisme, et en redemandent du capitalisme. Et si Bush se présentait aux élections à Cuba, il aurait 90 % de voix !". Singulière prédiction ! D'où Languepin tient-il ses données ? La journaliste présentant l'émission lui faisait valoir qu'en cas de passage au capitalisme, certains secteurs de la population risquaient de souffrir (comme dans les anciens pays de l'Est), Languepin a eu ce mot caractéristique : "C'est vrai que certains souffriront. Mais... actuellement, c'est toute la population cubaine qui souffre !". Spectaculaire aveu ! Cela signifie, au fond, que ce qui tracasse Languepin, ce n'est pas que certains soient pauvres, mais que certains ne puissent pas s'enrichir immensément ! Ce qui est reproché à Cuba, c'est de ne pas aimer l'inégalité...
7. Un des deux intervenants (je n'ai pas noté sur le coup) disait : "Le Cuba d'avant Castro était plus prospère et plus riche qu'aujourd'hui. Battista était un apprenti-dictateur. Le pays connaissait une tradition démocratique depuis 1902. Cuba était un pays beaucoup plus prospère, et avec des capitaux cubains, et non pas Américains." Cette réponse est, là aussi, assez hypocrite en ce qu'elle pêche par omission : omission de ce que Cuba était le lupanar et le casino des Etats-Unis, omission de ce que les Américains, après avoir aidé les Cubains à se libérer des Espagnols en 1898, envoyèrent promener les insurgés qui voulaient se constituer un gouvernement indépendant, omission des interventions militaires américaines de 1906, 1912 et 1917, et de l'occupation militaire américaine jusqu'en 1934, etc.
8. Un autre auditeur ayant évoqué les possibles interventions des Etats-Unis après la disparition de Fidel Castro, Serge Raffy a eu ces propos : "Je conseillerais au gouvernement américain de ne pas s'occuper de Cuba. De faire confiance aux exilés de Miami, qui ont beaucoup changé et qui sont pour le dialogue". Raffy idéalise le milieu mafieux et extrémiste (électorat de Jeb Bush, gouverneur de Floride) des exilés de Miami, il idéalise les émissions de propagande et omet leurs tentatives de déstabilisation. En outre, un mot est révélateur : "je conseillerais". Ce mot est révélateur en ce que Raffy craint qu'une intervention trop voyante (ou trop brutale) des Etats-Unis : réclamation d'anciennes propriétés, dédommagements, mainmise sur l'économie, mesures symboliques humiliantes pour le régime, ne dressent les Cubains contre le capitalisme. On sent que Raffy n'a qu'une crainte : qu'un jour les Cubains n'éprouvent réellement le capitalisme comme le leur a montré leur régime...
9. Parmi les acquis indéniables de la Révolution cubaine, il y a l'éducation et la santé. Ces acquis sont des points très désagréables à admettre pour Raffy et Languepin et on sent visiblement que cela leur écorche le palais de l'admettre. Aussi Languepin a-t-il ces phrases : "Il faut en finir avec la légende de la santé ou de l'alphabétisation. A quoi cela sert-il d'apprendre à lire lorsqu'il n'y a rien à lire ? Lorsque les Cubains n'ont que des tracts à lire ?". Extraordinaire sophisme ! Au début de la IIIe République, le gouvernement français a institué l'école obligatoire. Résultat : en 1914, un grand nombre de Français savaient lire et écrire. Ces Français, dans leurs campagnes, avaient-ils pour autant accès à Zola, à Bergson, à Renan ? Avaient-ils autre chose à lire qu'une presse quotidienne souvent conservatrice ? On finirait par croire que, pour Languepin, la privation de Bernard-Henri Lévy s'assimilerait à une violation des droits humains.
10. Toujours à propos de l'éducation, Languepin dit : "Il faut en finir avec ces légendes de l'alphabétisation. En 1959, Cuba était au 4e rang des pays d'Amérique latine pour l'alphabétisation (et, disant cela, il confirme indirectement que Cuba est au premier rang actuellement). Donc - sous-entendu - le régime Battista n'était pas si mauvais que ça. Et, Languepin ajoute : "C'est comme si on comparait la France d'aujourd'hui à celle de Guy Mollet et qu'on dise : la France a progressé, donc la France de Guy Mollet ne valait rien ! Et n'importe qui aurait fait mieux que Castro". Là aussi, on admirera les contorsions rhétoriques de Languepin :
- D'abord, il a dit que Cuba avait partout régressé. Donc, il faut savoir : ou Cuba a régressé ou Cuba n'a pas régressé. Là aussi, pour diminuer le mérite de Cuba, Languepin aboutit à un raisonnement tordu.
- Ensuite, et c'est le plus important, le classement ne dit rien des positions respectives de chaque élément classé. Dans une finale olympique de 100 mètres, les coureurs évoluent entre 9,7 et 10 secondes, c'est-à-dire dans une fourchette très étroite. Mais il n'en est pas de même partout. Par exemple, si l'on considère la population des pays européens, pour les cinq premiers, par ordre décroissants d'habitants, on a l'Allemagne, la France, l'Italie, le Royaume-Uni et l'Espagne, avec, à peu près, 82, 63, 59, 58 et 40 millions d'habitants. Rapporté à un indice 100, cela donne 100, 77, 72, 71 et 49. On voit donc qu'il existe, du premier au deuxième et du quatrième au cinquième des sauts significatifs, et qu'ils ne se placent pas "dans un mouchoir". Il en va de même pour des données concernant la vie de la société. Si Cuba est au premier rang, comment se placent (et non pas se classent) les autres pays d'Amérique latine ? Où se situent-ils ?
11. Enfin, une auditrice ayant demandé, par Internet, ce que deviendrait Guantanamo en cas de disparition de Fidel Castro, et, bien entendu, de changement de régime. Serge Raffy a répondu : "Mais Guantanamo doit disparaître ! Guantanamo n'a plus de raison d'être ! Guantanamo, c'était une base qui servait à surveiller les détroits (ou les passages, il ne me souvient plus) et à narguer Castro !". Extraordinaire présentation. Serge Raffy oublie juste que :
- A l'issue de la guerre hispano-américaine (déclenchée par suite de l'insurrection de Cuba, et où les Américains finirent par mettre la main sur les Philippines, qui ne se trouvent pas précisément dans les Caraïbes), loin de remettre le pouvoir aux insurgés, les Américains contraignirent le président Tomas Estrada Palma, par la clause n° 7 de l'amendement Platt, en 1901, à leur remettre les ports de Bahia Honda et de Guantanamo. De quelle liberté, de quelle marge de manoeuvre disposait la petite île de Cuba face à son puissant voisin ? Qu'aurait pensé Serge Raffy, si, en 1945, prenant prétexte de la guerre commune contre l'occupant allemand, l'Union soviétique avait demandé la cession, à titre emphytéotique, de la ville et du port de Toulon ? La base de Guantanamo a plus de 100 ans d'existence, et elle existait bien avant la Révolution cubaine ! Ni Languepin, ni Raffy n'ont l'air de considérer que, lorsque Cuba, de gré ou de force, était dans l'orbite américaine, l'existence de cette base constituait une atteinte à sa souveraineté et à sa démocratie, par exemple une atteinte aux droits de Battista. S'en trouvait-il nargué ?
Pour résumer et synthétiser :
A. Ce qui est extraordinaire, lorsque j'écoute les journalistes énumérer les turpitudes du gouvernement cubain, c'est que, jamais, ces fameuses violations des droits humains n'ont été précisément énumérées. Combien y a-t-il eu de Cubains fusillés ? Torturés ? Jetés au bagne ? Où ? Quand ? Comment ? Cela rappelle les partisans d'un alignement de la France sur les Etats-Unis en 2003 (les Madelin, Lellouche, Mariton, Novelli, Goupil, etc.) évoquant les crimes de Saddam Hussein : quand et où Saddam Hussein les avait-il commis ? Quand les Américains l'aidaient à torturer les communistes irakiens ? Quand les Américains lui livraient des armes contre l'Iran ? Quand les Américains lui livraient des gaz contre les Kurdes ? Quand ils ont donné l'ordre au général Schwarzkopf de lui restituer ses chars et ses canons pour l'aider à écraser le soulèvement des chiites... qu'ils avaient précisément appelés à se soulever ?
B. Dans l'ensemble de l'Amérique latine, les guérillas, contre-guérillas, régimes policiers mis en place par les Américains, soutenus, financés, ont causé la mort de centaines de milliers de personnes (par exemple, au Guatemala, au Salvador et au Nicaragua) qui n'ont pas donné lieu à des grandes colonnes indignées dans les journaux si soucieux de droits de l'homme. Nick et Péan, dans leur livre sur TF1, rappellent qu'en 25 ans d'occupation indonésienne, la chaîne de Bouygues s'est intéressée une seule fois à Timor Leste : quand le pape y est allé ! Et il y eut plus de 200 000 morts, soit un quart de la population ! Et que dire de Singapour qui, par tête d'habitant, a un des plus forts taux de prisonniers de la planète, qui connaît les châtiments corporels et la peine de mort, qui pose des caméras partout ?
C. Mais le plus surprenant est la comparaison avec la Chine, pays au régime qu'on dira "ferme" (pour rester dans l'euphémisme), régime qui ne connaît que le parti unique, régime qui emprisonne, régime qui exploite ses travailleurs, régime qui torture, régime qui fusille, et, surtout... régime qui est toujours, officiellement communiste ! Sur l'échelle des valeurs où évoluent Raffy et Languepin (et même la plupart des journalistes français), la Chine se trouve incomparablement plus haut (ou plus bas, comme on voudra) que Cuba. Et pourtant, nulle part, lorsqu'il est question du président chinois, n'emploie-t-on l'expression "le dictateur chinois" (comme j'ai entendu dire "le dictateur cubain") Pourquoi ? Parce qu'il y a une Bourse à Shanghai ? Parce qu'il y a des milliardaires chinois ? Parce que ceux-ci achètent, en masse, des Mercedes, des Rolls-Royce, de Ferrari, des 4 x 4 ? Parce qu'ils permettent aux capitalistes occidentaux de faire de gras bénéfices sur des ouvriers exploités jusqu'à la moelle ? Parce que la Chine a 1,3 milliards d'habitants, la bombe atomique, parce qu'elle a envoyé des hommes dans l'espace et qu'elle fait peur ?
D. Dans le jugement sur Cuba, de même qu'il était aussi difficile de faire avouer à Olivier Languepin les acquis du régime que de lui arracher une dent saine, de même était-il impossible de découvrir (et cela, les journalistes de la station auraient pu le relever) certains points beaucoup plus délicats à évoquer : par exemple, le fait que l'ouragan Katrina, l'an dernier, a ravagé La Nouvelle Orléans et causé des milliers de victimes (et zéro à Cuba). Par exemple, que cinq Cubains ont été condamnés à la prison aux Etats-Unis, au mépris de toutes les règles de droit, et que leur jugement a été reconnu inique et cassé par les juges américains eux-mêmes ! (Le Diplo de décembre 2005).
E. Cette attitude des journalistes français n'est qu'un élément d'une attitude plus générale à l'égard des relations entre les Etats-Unis et l'Amérique latine. Tout est considéré du point de vue des Etats-Unis et de ce qui peut leur être bénéfique ou néfaste. Par exemple, un des deux journalistes (je n'ai pas noté son nom) disait : "Pour les Etats-Unis, Cuba n'est plus un problème. Pour eux, le problème, c'est Hugo Chavez". Mais n'aurait-on pas pu le leur rétorquer : "Le problème de Hugo Chavez - ou, plus généralement - du Venezuela, ce sont les Etats-Unis ?" Un peu comme on parlait - on parle encore - du "problème noir" aux Etats-Unis. Il n'y a pas de "problème noir" aux Etats-Unis. Les Noirs ne demandent qu'à vivre tranquilles, à se loger où ils veulent, à ne pas être inquiétés dans le Sud. Le problème, ce sont les Blancs ! Il est temps, pour les médias français, de faire, sur l'Amérique latine, leur "révolution copernicienne"...
Même si j'ai fait des efforts d'écoute, je n'ai pris l'émission qu'en cours de route et je me suis contenté de noter tout de suite, sur un bloc, ce que j'écoutais et non d'enregistrer. J'ai donc commis des erreurs de retranscription et omis des éléments importants. Je vous saurais donc gré, plus que jamais, de vos remarques, rectifications, compléments et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
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lundi, 31 juillet 2006
31 juillet 2006
Chers tous,
Ce matin, sur France Inter, entre 8 h 20 et 9 h, à l'émission "Question directe", deux invités étaient conviés à parler de la situation au Proche-Orient : d'une part Nayla Moawad, la ministre libanaise des affaires sociales (apparemment une chrétienne) et Pierre Lellouche, député UMP de Paris. Plusieurs remarques.
1. Pierre Lellouche, député UMP, est aussi président de la délégation française à l'assemblée parlementaire de l'OTAN. Il est pro-Américain et pro-atlantiste et s'est employé, en 2003, aux côtés d'Alain Madelin, à combattre la position diplomatique de la France à propos de l'Irak (concrètement, il souhaitait que la France s'engage aux côtés des Etats-Unis, sinon militairement, du moins diplomatiquement). Par ailleurs, il est membre du courant "réformateur" des députés UMP à l'Assemblée nationale, courant que préside Hervé Novelli, député d'Indre-et-Loire, et qui est simplement le courant néo-libéral. Pierre Lellouche est donc un homme politique français néo-libéral (ou ultralibéral) et pro-Américain.
2. Mais, vendredi 28 juillet, entre 12 h et 13 h, toujours sur France Inter, l'émission "ça vous dérange ?" était consacrée à l'ouverture des magasins le dimanche. Contre cette ouverture, on trouvait Charles Melcer, président de la Fédération Nationale de l'Habillement. Et, en faveur de l'ouverture, on trouvait... Pierre Lellouche, député UMP de Paris. Donc, en deux jours ouvrables de la semaine, proches l'un de l'autre, à des heures de grande écoute, la parole a été donnée à un homme influent qui représente une pensée très conséquente : l'importation, en France, du modèle économique et social des Etats-Unis républicains et la défense de l'actuelle politique étrangère de ces mêmes Etats-Unis, ainsi que de la politique étrangère actuelle de l'Etat d'Israël.
3. Juste un mot sur l'émission de vendredi : un des arguments de Pierre Lellouche, pour justifier l'ouverture des magasins le dimanche, était de dire : "Mais le législateur n'a pas à dire - ou à imposer - aux Français la façon dont ils doivent occuper leur dimanche !". Autrement dit, pour parler clair, si les Français veulent, le dimanche, se promener dans un supermarché, on n'a pas à le leur interdire ! J'ai toujours trouvé très pharisienne cette façon de s'abriter derrière les besoins (ou les désirs, ou les pulsions) des gens pour justifier des transformations de la société dans un sens ultralibéral. Comme si, le dimanche, la vie des gens était tellement vide, leur imagination tellement pauvre que leur seule distraction serait d'aller consommer dans une grande surface ! (La droite actuellement au pouvoir en France montre une complaisance à accompagner les habitudes - ou les moeurs - des Français qui serait plus convaincante si elle s'exerçait avec autant de générosité à l'égard d'autres formes de vie tout aussi vivantes aujourd'hui : celles des homosexuels ou celles des partisans du PACS, par exemple...).
4. Aujourd'hui, Pierre Lellouche, invité à s'exprimer, liait en particulier la question de l'Iran (et, bien entendu, celle du programme nucléaire iranien) à la question libanaise. Car il était pour lui évident que le Hezbollah libanais n'était qu'une marionnette aux mains de l'Iran. Et il ajoutait [j'ai juste noté après coup, pas totalement] : "Ce sera la première fois - si l'Iran se dote d'un armement nucléaire - qu'un pays musulman non arabe sera la super puissance protectrice de la région !". Cette constatation était proférée, sur le ton de l'évidence, comme si c'était un fait inquiétant, comme si...
4.1. - Comme si, dans chaque région du monde, il ne se trouvait pas une puissance dominante : Brésil ou Mexique en Amérique latine ou centrale, Afrique du Sud en Afrique australe, Allemagne en Europe, Chine en Asie orientale, etc. Apparemment, Pierre Lellouche n'a pas l'air trop gêné que l'Australie soit la puissance dominante de l'Océanie ou que, actuellement, la Turquie et Israël aient les armées de terre les plus fortes du Proche-Orient. Comme si un problème ne se posait que lorsque les puissances locales dominantes n'étaient pas des alliées des Etats-Unis...
4.2. - Comme si la seule puissance dominante, actuellement, au Proche-Orient, n'était pas les Etats-Unis, soit directement, par ses flottes et ses bases terrestres ou navales, soit par ses alliés (Israël, Turquie, Arabie saoudite, Koweit), soit par les pays qu'elle occupe (Irak, Afghanistan), et qui lui confèrent une prééminence écrasante. Et encore plus depuis que l'URSS a disparu.
5. Le journaliste, s'adressant à la ministre libanaise, lui disait [j'ai noté exactement] : "Vous comprenez, madame, que, pour une large partie de la communauté internationale, le Hezbollah est une organisation terroriste ?". A beaucoup d'égards, cette question ne manquait pas d'effronterie :
5.1. - D'abord, sur cette fameuse "communauté internationale", dont tout le monde sait l'imposture de la définition, puisque loin de se référer aux quelque 194 pays représentés dans les instances internationales, il ne s'agit jamais que des Etats-Unis et d'une toute petite dizaine de leurs alliés (pays anglo-saxons - Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande - plus, selon les cas, Allemagne, Pays-Bas, Israël, Japon et quelques paradis fiscaux) et même, à l'intérieur de ces pays, uniquement les hommes d'affaires, les financiers, les Bourses, les riches, les politiques, les machines militaires et les médias dominants et certainement pas la masse de la population. Donc, si tous ces pays représentent, au total, au maximum 10 % de la population mondiale, les milieux qui y tiennent les rênes ne sont, en étant très généreux, que 10 % de ce même total, soit 1 % du total du monde, ce qui est vraiment peu... pour une communauté internationale !
5.2. - Ensuite parce qu'elle s'adressait à une ministre d'un pays (le Liban) en parlant d'un parti issu d'environ 40 % de la population, fortement implanté, populaire, et élu démocratiquement. Transposons un peu ces propos dans l'espace et dans le temps. Qu'aurait-on pensé si, au début des années 1950, un journaliste anglais, s'adressant à un ministre MRP (ou SFIO) de la IVe République, avait demandé : "Vous comprenez, monsieur, que, pour une large partie du monde libre, le Parti communiste est une organisation terroriste ?" Et ce, alors que le P.C. représentait plus du quart de l'électorat, qu'il était auréolé de ses faits de résistance - et du prestige, encore inentamé - de l'URSS - et qu'il était épaulé non seulement par des syndicats mais aussi par des mouvements chrétiens dans certains de ses combats sociaux.
6. Le journaliste évoquait aussi un de ses voyages dans la Bekaa, où il avait vu des portraits géants de tous les dignitaires religieux iraniens (tous les ayatollahs depuis Khomeiny) à côté de l'étendard jaune du Hezbollah, timbré d'une mitraillette pointée vers le ciel, symbole de violence et de dédain des droits de l'homme, évidemment. [Là aussi, on pourrait presque, trait pour trait, transposer ces mots dans un autre conteste. Qu'on imagine un journaliste anglais à la fête de L'Humanité, en 1951 : "On y a vu les portraits géants de Staline, Molotov, Vorochilov, etc." Et le drapeau communiste flotte, rouge, timbré d'une faucille et d'un marteau, etc.]
7. Ce que je veux souligner par là, c'est, comme je le disais précédemment, le parallélisme des formes : l'islamisme (quand ce n'est pas l'Islam tout court) a été immédiatement revêtu des défroques encore chaudes tissées par l'anticommunisme (et - s'en étonnera-t-on ? - elles lui vont comme un gant...). Et il l'a été de deux façons : d'une part en ce qu'il a été paré des mêmes comportements (dictature, oppression de la pensée, retard technologique et social, pratiques risibles et ridicules, etc.), et, aussi, qu'il a repris les mêmes desseins de subversion intérieure (par une cinquième colonne infiltrée, où l'on retrouve, à côté des inévitables immigrés maghrébins, les non moins inévitables partis communistes, trotskistes, les associations de défense des droits de l'homme et même, plus récemment, les... écologistes et les altermondialistes !) et de domination impérialiste du monde. Dans ce parallélisme des formes, il n'y a pas un schéma du langage anticommuniste qui ne puisse être transposé, tel quel, au nouvel ennemi : l'Islam.
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
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jeudi, 27 juillet 2006
27 juillet 2006
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