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vendredi, 16 novembre 2007
15 novembre 2007
Chers tous,
Les remarques de ce jour portent sur les mouvements sociaux actuels, notamment dans les chemins de fer. Il y aurait beaucoup à dire sur la présentation qui en est faite. Je ne retiendrai qu'un seul point, que j'illustrerai d'un exemple.
Quel est ce point ? C'est celui que relevait déjà (il y a 50 ans !) Roland Barthes dans ses "Mythologies", et par lequel il caractérisait la pensée petite bourgeoise. Qui, pour une bonne part est celle de l'idéologie de la droite. C'est celle qui, contrairement à la pensée de Barthes, scinde tout, divise tout, sépare tout. La phrase favorite de cette idéologie est : "Mais qu'est-ce que vous mélangez là ? Tout cela n'a rien à voir...".
Dans cette optique, les divers mouvements sociaux ("réforme" des régimes spéciaux de retraite, suppression des tribunaux, "réforme" des universités...) sont présentés comme des mouvements répondant à des problèmes séparés, ne touchant chaque fois que des catégories bien particulières. Alors que toutes ces "réformes" procèdent en fait de la même volonté idéologique ultralibérale de démanteler l'Etat social instauré par le programme du CNR (Conseil National de la Résistance),comme l'avouait récemment (et cyniquement) dans Challenges Denis Kessler, ex-numéro 2 du Medef. On commence par suppimer les plus voyantsdes "privilèges" et on continue par les autres...
Le point le plus net de ce saucissonnage est la présentation de la grève des chemins de fer qui se déroule en ce moment même en Allemagne. Le journal de 13 h de France 2 est d'ailleurs caractéristique dans sa formulation : "En Allemagne aussi, la plupart des trains sont à l'arrêt, aujourd'hui, en raison d'une grève historique... Nous avons choisi de vous montrer ce reportage parce qu'il n'a rien à voir avec ce qui se passe en France... Outre-Rhin la grève est vraiment le dernier recours... Elle n'est d'ailleurs pas inscrite dans la Constitution...
C'est un juge qui doit décider si elle est légale ou pas..."
Remarque : tout est fait pour opposer les "bons" Allemands, "qui-ne-font-jamais-grève" et les "vilains" Français, adeptes de la "gréviculture". Et on sent, entre les lignes, comme une admiration pour ce pays où la grève n'est même pas garantie par la Constitution et où elle est si sévèrement encadrée ! En écoutant parler la journaliste, on note, très nettement, une accentuation du ton (prononciation plus lente et plus forte) à la fois sur le pronom "rien" et sur le nom "juge". La grève est dite "historique". Cet adjectif est intéressant, car à quoi pense un Français lorsqu'on accole au nom Allemagne l'adjectif "historique" ? Aux deux guerres mondiales, à l'avènement du nazisme ou à l'hyper inflation de 1919, autrement dit à des catastrophes...
Les remarques de ce jour portent sur les mouvements sociaux actuels, notamment dans les chemins de fer. Il y aurait beaucoup à dire sur la présentation qui en est faite. Je ne retiendrai qu'un seul point, que j'illustrerai d'un exemple.
Quel est ce point ? C'est celui que relevait déjà (il y a 50 ans !) Roland Barthes dans ses "Mythologies", et par lequel il caractérisait la pensée petite bourgeoise. Qui, pour une bonne part est celle de l'idéologie de la droite. C'est celle qui, contrairement à la pensée de Barthes, scinde tout, divise tout, sépare tout. La phrase favorite de cette idéologie est : "Mais qu'est-ce que vous mélangez là ? Tout cela n'a rien à voir...".
Dans cette optique, les divers mouvements sociaux ("réforme" des régimes spéciaux de retraite, suppression des tribunaux, "réforme" des universités...) sont présentés comme des mouvements répondant à des problèmes séparés, ne touchant chaque fois que des catégories bien particulières. Alors que toutes ces "réformes" procèdent en fait de la même volonté idéologique ultralibérale de démanteler l'Etat social instauré par le programme du CNR (Conseil National de la Résistance),comme l'avouait récemment (et cyniquement) dans Challenges Denis Kessler, ex-numéro 2 du Medef. On commence par suppimer les plus voyantsdes "privilèges" et on continue par les autres...
Le point le plus net de ce saucissonnage est la présentation de la grève des chemins de fer qui se déroule en ce moment même en Allemagne. Le journal de 13 h de France 2 est d'ailleurs caractéristique dans sa formulation : "En Allemagne aussi, la plupart des trains sont à l'arrêt, aujourd'hui, en raison d'une grève historique... Nous avons choisi de vous montrer ce reportage parce qu'il n'a rien à voir avec ce qui se passe en France... Outre-Rhin la grève est vraiment le dernier recours... Elle n'est d'ailleurs pas inscrite dans la Constitution...
C'est un juge qui doit décider si elle est légale ou pas..."
Remarque : tout est fait pour opposer les "bons" Allemands, "qui-ne-font-jamais-grève" et les "vilains" Français, adeptes de la "gréviculture". Et on sent, entre les lignes, comme une admiration pour ce pays où la grève n'est même pas garantie par la Constitution et où elle est si sévèrement encadrée ! En écoutant parler la journaliste, on note, très nettement, une accentuation du ton (prononciation plus lente et plus forte) à la fois sur le pronom "rien" et sur le nom "juge". La grève est dite "historique". Cet adjectif est intéressant, car à quoi pense un Français lorsqu'on accole au nom Allemagne l'adjectif "historique" ? Aux deux guerres mondiales, à l'avènement du nazisme ou à l'hyper inflation de 1919, autrement dit à des catastrophes...
Cheminement insidieusement suggéré : la grève est une "catastrophe"...
Quand le reportage continue, que voit-on et qu'écoute-t-on ?
- Un Allemand parlant français et qui dit "Vous êtes plus accoutumés que nous [condamnation indirecte par étranger interposé, de nos méthodes de "voyous"et de "fainéants"] et qui termine en disant "en tout cas, ce n'est pas bien..." [choix du sempiternel usager " mécontent-contre-ces-nantis-qui-prennent-en-otage-la -population-laborieuse-pour-défendre-leurs-petits-privilèges"...]
Quand le reportage continue, que voit-on et qu'écoute-t-on ?
- Un Allemand parlant français et qui dit "Vous êtes plus accoutumés que nous [condamnation indirecte par étranger interposé, de nos méthodes de "voyous"et de "fainéants"] et qui termine en disant "en tout cas, ce n'est pas bien..." [choix du sempiternel usager " mécontent-contre-ces-nantis-qui-prennent-en-otage-la -population-laborieuse-pour-défendre-leurs-petits-privilèges"...]
- On parle du "tout puissant, quoique minoritaire, syndicat des conducteurs...", variation sur le thème favori de la droite des syndicats "qui-ne-représentent-rien-mais gênent-tout-le-monde"..., ce qui permet de mieux faire passer la métaphore de la "prise d'otages".
Par qui celle-ci, au sens propre, est-elle effectuée ? Par un groupe de bandits ou de terroristes, toujours très peu nombreux (comme lesgrévistes...) mais disposant d'armes pour faire obtenir par la force, et indûment, des choses totalement illégitimes : de l'argent, la libération d'un terroriste... Donc : syndicalistes = grévistes = bandits ou terroristes...
- On voit le directeur des chemins de fer qui dit : "Si le syndicat des conducteurs croit nous faire capituler sans conditions, il se trompe...". On aurait pu, à la place, faire parler des grévistes, ou le directeur et les grévistes : on n'a fait parler que lui. Message subliminal : comme en France, en Allemagne, les autorités sont fermes.
Elles ne capituleront pas ! La grève, en Allemagne, échouera (et, sous-entendu, ne fera que précéder l'échec de la grève française...).
- On voit le directeur des chemins de fer qui dit : "Si le syndicat des conducteurs croit nous faire capituler sans conditions, il se trompe...". On aurait pu, à la place, faire parler des grévistes, ou le directeur et les grévistes : on n'a fait parler que lui. Message subliminal : comme en France, en Allemagne, les autorités sont fermes.
Elles ne capituleront pas ! La grève, en Allemagne, échouera (et, sous-entendu, ne fera que précéder l'échec de la grève française...).
Et, pour un Allemand, l'expression "capituler sans conditions" est lourde de sens : c'est ce qui s'est passé en 1918 et 1945 ! Contre qui ?
Contre la coalition alliée, c'est-à-dire contre l'ennemi. Cheminement insidieusement suggéré : le syndicat, c'est l'ennemi du pays...
- On entend que "Jusqu'à présent, la Deutsche Bahn a réussi a faire interdire la grève, par le juge, pour des raisons économiques".
Qu'est-ce que cela veut dire ? Absolument rien ! Evidemment, que toute grève a des répercussions économiques, puisque c'est précisément la cessation d'un travail, donc d'une activité économique ! La conclusion logique (et insidieusement suggérée) de cette lapalissade est : toute grève, parce qu'elle fait perdre de l'argent, est illégitime ! Donc, supprimons-en le droit...
On entend que la grève coûte entre 50 et 100 millions par jour : c'est donc bien une "catastrophe".
- On écoute : "Autre grosse différence entre la France et l'Allemagne, ici la grève n'a rien de politique..." Il faut s'arrêter sur cet adjectif "politique" qui, dans le jargon de la droite, est un synonyme de "infondé", "abusif", "tiré par les cheveux". Dans l'idéologie droitière, tout vit dans des domaines séparés : le social, l'économique, le politique. Une augmentation ou une diminution de salaire, c'est de l'économique ou du social : cela ne saurait avoir de lien avec les rapports de force sociaux, les modes de production, les dominations de classe qui, eux sont invisibles, "naturels", comme la pluie et le beau temps... D'ailleurs, la chancelière se tient en retrait, elle ne s'occupe pas de ça : trop mesquin pour elle, la rébellion sera écrasée par les forces locales, pas la peine de faire donner les panzers...
- A la fin, l'envoyé spécial, Jérôme Bony, conclut : "Quand on compare la pratique du droit de grève de part et d'autre du Rhin, force est de constater que le chemin est long avant une harmonisation sociale au niveau européen..." Sous une forme anodine (ah, les différences culturelles !) ce n'est pas à n'importe quelle harmonisation à laquelle pense Jérôme Bony. Compte tenu de la teneur du reportage, on sent bien que le souhait subliminal n'est pas que ce soit l'Allemagne qui s'aligne sur la France...
Et, en revanche, que n'écoute-t-on pas ? Qu'est-ce qui est totalement abesnt du reportage ? Les raisons de la grève ! Pourquoi les conducteurs ont-ils débrayé ? Mystère... La grève est donc présentée comme un événement sans cause, déclenchée par une minorité malfaisante, qui ne produit que des mécontentements, provoque d'énormes pertes financières et n'est pas "politique"...
La prétérition est la figure de rhétorique par laquelle on déclare une chose tout en niant la proférer ("Si je ne vous respectais pas infiniment, je dirais que vous êtes un imbécile"). Tout en prétendant, au début du reportage que la grève n'avait "rien" à voir avec la grève française équivalente (en détachant bien les syllabes "RI" et "IN"), l'objet de ce reportage, en fait, avait "tout" à voir avec la grève française : déligitimation du principe même de toute grève, en France comme en Allemagne, présentation des seuls inconvénients de celle-ci (mécontentement des usagers, pertes financières), souhait insidieusement suggéré de l'échec de ces mouvements (en Allemagne, mais, surtout, en France) et de l'alignement du vilain pays rebelle (ou du "mauvais élève de la classe") sur le "bon" exemple du "bon élève" allemand : celui d'un pays discipliné, sans grève, en un mot, pour les lecteurs du "Point" ou de "L'Express" ou les fans de Jean-Marc Sylvestre : "moderne"...
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, rectifications, ou critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
Contre la coalition alliée, c'est-à-dire contre l'ennemi. Cheminement insidieusement suggéré : le syndicat, c'est l'ennemi du pays...
- On entend que "Jusqu'à présent, la Deutsche Bahn a réussi a faire interdire la grève, par le juge, pour des raisons économiques".
Qu'est-ce que cela veut dire ? Absolument rien ! Evidemment, que toute grève a des répercussions économiques, puisque c'est précisément la cessation d'un travail, donc d'une activité économique ! La conclusion logique (et insidieusement suggérée) de cette lapalissade est : toute grève, parce qu'elle fait perdre de l'argent, est illégitime ! Donc, supprimons-en le droit...
On entend que la grève coûte entre 50 et 100 millions par jour : c'est donc bien une "catastrophe".
- On écoute : "Autre grosse différence entre la France et l'Allemagne, ici la grève n'a rien de politique..." Il faut s'arrêter sur cet adjectif "politique" qui, dans le jargon de la droite, est un synonyme de "infondé", "abusif", "tiré par les cheveux". Dans l'idéologie droitière, tout vit dans des domaines séparés : le social, l'économique, le politique. Une augmentation ou une diminution de salaire, c'est de l'économique ou du social : cela ne saurait avoir de lien avec les rapports de force sociaux, les modes de production, les dominations de classe qui, eux sont invisibles, "naturels", comme la pluie et le beau temps... D'ailleurs, la chancelière se tient en retrait, elle ne s'occupe pas de ça : trop mesquin pour elle, la rébellion sera écrasée par les forces locales, pas la peine de faire donner les panzers...
- A la fin, l'envoyé spécial, Jérôme Bony, conclut : "Quand on compare la pratique du droit de grève de part et d'autre du Rhin, force est de constater que le chemin est long avant une harmonisation sociale au niveau européen..." Sous une forme anodine (ah, les différences culturelles !) ce n'est pas à n'importe quelle harmonisation à laquelle pense Jérôme Bony. Compte tenu de la teneur du reportage, on sent bien que le souhait subliminal n'est pas que ce soit l'Allemagne qui s'aligne sur la France...
Et, en revanche, que n'écoute-t-on pas ? Qu'est-ce qui est totalement abesnt du reportage ? Les raisons de la grève ! Pourquoi les conducteurs ont-ils débrayé ? Mystère... La grève est donc présentée comme un événement sans cause, déclenchée par une minorité malfaisante, qui ne produit que des mécontentements, provoque d'énormes pertes financières et n'est pas "politique"...
La prétérition est la figure de rhétorique par laquelle on déclare une chose tout en niant la proférer ("Si je ne vous respectais pas infiniment, je dirais que vous êtes un imbécile"). Tout en prétendant, au début du reportage que la grève n'avait "rien" à voir avec la grève française équivalente (en détachant bien les syllabes "RI" et "IN"), l'objet de ce reportage, en fait, avait "tout" à voir avec la grève française : déligitimation du principe même de toute grève, en France comme en Allemagne, présentation des seuls inconvénients de celle-ci (mécontentement des usagers, pertes financières), souhait insidieusement suggéré de l'échec de ces mouvements (en Allemagne, mais, surtout, en France) et de l'alignement du vilain pays rebelle (ou du "mauvais élève de la classe") sur le "bon" exemple du "bon élève" allemand : celui d'un pays discipliné, sans grève, en un mot, pour les lecteurs du "Point" ou de "L'Express" ou les fans de Jean-Marc Sylvestre : "moderne"...
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, rectifications, ou critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
12:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Une chose est sur le pouvoir est dans l information... de ce que l on veut nous faire voir ... nous faire croire .
Mais le vrais pouvoir est egallement entre les mains des multi nationales qui decident... en fonction de leurs interets et de leurs actionnaires ... faisant fi des états !!!!
Le monde devient de plus en plus compliqué a gerrer ... en simplifiant les antagonistes ... du pauvre au riche ... de la survit a plus de profit.....
et l image aujourd hui .... nous impose une vision , nous faisant parfois aussi culpabilisér... ou nous revolter!!!!
quand a faire des paraleles entre l Allemagne et la France est un peu simpliste .... culturellement parlant.... La révolution en est le moteur du passé.
ou je vous rejoint ... pas facile de faire sa place dans cette societé.... forcement jonché de laissé pour compte!!!!
Ecrit par : fournier | vendredi, 16 novembre 2007
A fournier
Je n'ai pas fait, à strictement parler, un parallèle entre la France et l'Allemagne, mais le décryptage d'un discours télévisuel français qui, sous couvert de nous parler de la situation en Allemagne, nous parlait en fait de la situation en France.
Cela dit, et puisque vous m'en offrez l'occasion, je pense, à l'inverse de vous, que les parallèles d'un pays à l'autre ne sont pas simplistes mais peuvent être pertinents. En 2003, par exemple, les Autrichiens ont fait grève, en même temps que les Français et également pour leurs retraites, tout autant menacées par leur gouvernement que celles des Français l'étaient par le leur, et pour les mêmes raisons : introduction en force de l'ultralibéralisme...
Ecrit par : Philippe Arnaud | jeudi, 22 novembre 2007
chacun est libre de penser comme il l entends.
Pour rebondir sur votre vision des parraléles, je les compard quelque peu: a la presse droite gauche ou assimilé(comme chacun le sait la presse n 'est pas libre , elle appartient a quelques grands groupe forcement partie prenante .
Pour reprendre votre expression de decrytage; vous semblez faire porter ces maux a la droite.(sauf si je me trompe.
A mes yeux , voila le coupable cette guerre intestine droite gauche (Les médias nous apportant chaque jour les images ) qui ne fait que diviser les peuples plutot que l union des compétences et visiblement cela n 'est pas prés de s'arreter, nos élus ne nous y encourageant pas .....normale c'est leurs jobs!!!!!surpayé avec des parachutes dorés qu il critiques tant par ailleurs.!!!!
ma devise: est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la méme facon, nous ne verrions qu une partie de la vérité et sous des angles différents.
bien d accord avec vous rien n est simplisse en ce monde
Ecrit par : alainF | mardi, 27 mai 2008
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