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lundi, 10 septembre 2007

10 septembre 2007

Chers tous,

 

J'ai regardé ce jour le journal télévisé de France 2 à 13 h. Voici ce
que j'ai noté.

 

1. A Béthune, un enfant de 6 ans a été tué lors d'un rallye automobile par une voiture sortie de piste.

On aurait décélé des traces de cannabis dans l'urine du pilote responsable de l'accident. Cette insistance sur la faute du pilote me semble être du même ordre que celle des autorités grecques imputant à des incendiaires les ravages du Péloponnèse, c'est-à-dire se focalisant sur une cause seconde aux dépens des causes premières. Dans le cas des incendies de la Grèce, les causes premières en étaient la gestion (ou la non-gestion) de l'occupation des sols grecs (en amont) et l'incurie des autorités à faire face à la catastrophe (en aval). Dans le cas de l'accident de Béthune, les causes premières sont : la place d'un enfant de 6 ans est-elle à quelques décimètres d'un bolide ? Ou bien : lorsque, dans le même journal, on présente un reportage sur le ferroutage qui évite la pollution, les encombrements et les accidents, n'y a-t-il pas inconséquence à faire l'apologie de courses automobiles ? Ou bien : dans la perspective d'une pénurie de pétrole, n'est-il pas léger de continuer à se pâmer devant des spectacles aussi dispendieux ? Ou bien : quand le gouvernement prend des mesures (très bien venues, très efficaces) contre la vitesse, n'est-il pas contradictoire de promouvoir des valeurs exactement inverses ?

 

2. Réforme du régime des retraites. Il est question, évidemment, de la remise en cause d'un certain nombre de régimes spéciaux de retraites, parmi lesquels les plus connus sont ceux de la SNCF ou de l'EDF, etc.

Cette question des retraites en général (et des régimes spéciaux en particulier) a une forte charge idéologique. La droite et la gauche s'y affrontent depuis le début des luttes sociales (au XIXe siècle) et c'est là-dessus qu'ont eu lieu les mobilisations sociales les plus importantes (par exemple en 2003), ou les lois les plus contraires (1981, 1993, 2003). Le sujet n'est donc pas neutre ! Or, la présentation débute ainsi : on voit des bateaux et on entend la voix du présentateur : "Le point commun entre un marin-pêcheur et un député..." et, à ce moment-là l'écran se sépare en deux dans le sens de la hauteur et, à gauche, on continue à voir des bateaux et, à droite, une vue de l'Assemblée nationale (censée illustrer les députés). Or, la caméra zoome sur les visages de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, députés socialistes. Pourquoi "eux"... comme par hasard ? Est-ce que des députés de droite, comme Patrick Devedjian, Hervé Novelli ou Hervé Mariton, ultralibéraux patentés, ne profitent pas, eux aussi, des mêmes avantages qu'ils s'apprêtent à supprimer aux autres ?

 

3. Troisième reportage, sur le soldat James Fair, de Pennsylvanie, handicapé de retour d'Irak. Ce pauvre soldat est horriblement mutilé : il boite, il a perdu ses deux bras, et il est aveugle : en plus, son visage a été affreusement défiguré. Il ne peut plus vivre seul et est handicapé à 100 %. Sa femme l'a quitté et il n'a plus, pour lui venir en aide, que sa mère et son beau-père (mari de sa mère). Comble de l'ignominie, le reportage précise : "les soldats handicapés ont droit à une prothèse. Pas James Fair, parce qu'il est aveugle". Comme si l'on ne prenait en compte que la cécité à titre principal et non la perte des bras, considérée à titre secondaire ! [Autrement dit : "Soldat, ici, c'est fromage ou dessert, mais pas les deux...".] En outre, le reportage évoque des fondations privées prenant en charge les soldats blessés. Pourquoi "privées" ? Pourquoi l'Etat américain, qui envoie ses ressortissants au sacrifice, ne remplit-il pas totalement son contrat avec eux ? Les avions aux prix astronomiques (F-22 Raptor, B-2 Spirit) sont-ils payés par des fondations "privées" ? Ce reportage m'a fait penser à l'admirable film "Johnny s'en va-t-en guerre", où après la guerre de 14, un soldat ayant perdu les quatre membres, aveugle et sourd, essaie de percevoir le monde extérieur en se remémorant sa vie antérieure. Le contraste entre le calvaire de ce presque enfant et de sa mère, avec la satisfaction obtuse et aveugle de Bush me semble un "remake" du film de Dalton Trumbo (d'ailleurs sorti en 1971, en pleine guerre du Vietnam).

 

Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, précisions et critiques.

Bien à vous

Philippe Arnaud, correspondant AMD 37