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dimanche, 28 janvier 2007

28 janvier 2007

Chers tous,

 Ce dimanche matin, depuis 9 h (heure à laquelle j'ai écouté le premier journal), il n'était bruit, sur France Inter, que du sondage "CSA - Le Parisien" faisant état de la baisse de Ségolène Royal dans les opinions des Français. Voici mes remarques à ce sujet.

 1. Il était dit, dans ce sondage, que les Français jugeaient, certes, que Ségolène Royal était "plus proche des préoccupations" des Français, mais que le programme de Nicolas Sarkozy était plus "solide", plus "crédible" et plus "précis. De surcroît, Nicolas Sarkozy proposait des "idées nouvelles". Ce sondage avait été effectué mercredi, auprès d'un millier de Français en âge de voter.

 2. Il se trouve que j'étais présent, ce jour-là, lorsque ma femme a répondu à ce sondage, qu'elle avait mis le haut-parleur et que j'ai donc pu écouter les questions. Le sondage comprenait aussi des informations de type sociologique (si on travaillait, si on avait une connexion Internet, à haut débit, combien de fois on se branchait, etc.). Ce qui m'a étonné dans les questions, ce sont deux points qui, au demeurant, se retrouvent à peu près toujours dans les sondages :

 - Ils posent souvent des questions qu'on ne se pose pas, sur des sujets auxquels on n'a pas forcément réfléchi et pour lesquels (je l'ai constaté), le tiers est exclu. Autrement dit, on ne pouvait pas, par exemple, renvoyer dos à dos Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ou dire : "Je ne trouve pas la question pertinente". Le vice de ces questionnaires est de donner, de façon artificielle, une importance démesurée à des questions qu'on ne se pose pas. Supposons que l'on interroge, par exemple, les Français sur la littérature coréenne ou sur la cuisine bolivienne en ne posant que comme questions (oui/non) : "L'aimez-vous ?" ou "Ne l'aimez-vous pas ?". Quelle serait la valeur d'une réponse positive ou négative alors que la vraie réponse serait : "Je n'en ai aucune idée" ?

 - Les termes "solide", "crédible", précis", "moderne", "idées nouvelles" ne sont jamais définis, ce qui laisse ouverte la voie aux interprétations les plus contradictoires. En fait, en l'occurrence, la démarche est bien plus perverse : dans les faits, "moderne" et "idées nouvelles" correspondent toujours - je dis bien "toujours" - implicitement dans les médias, à des sens néo- (ou ultra)libéraux. Sont ainsi qualifiés de "modernes" ou "nouveaux", tout ce qui est déréglementation, baisse d'impôts, flexibilisation des conditions de travail, retraite par capitalisation, incitation à la compétition, à la vitesse, investissement en Bourse, etc. Ces sens sont admis y compris par des organes de presse qui se piquent d'une appartenance de gauche (Le Monde, Libération, Le Nouvel observateur). Ainsi, en feignant de croire que tout le monde est d'accord sur un terme sans équivoque, comme pour "une clé à pipe de 12" ou "une saucisse de Strasbourg", on impose en fait subrepticement une seule interprétation, l'interprétation de la pensée unique.

 - Même chose pour "solide", "précis" et "crédible". Il n'y a, en effet, pas de symétrie entre les mesures de droite et les mesures de gauche. Autant les premières sont aisées à mettre en oeuvre (on le voit bien depuis 20 ans, et, singulièrement, depuis 2002) en ce que ces mesures sont celles de la classe dominante, qui possède déjà les entreprises, les banques, l'argent et les médias et les relations avec les classes dominantes des autres pays. Lorsque, par les urnes, cette classe accède au pouvoir, elle dispose donc, en outre, du pouvoir politique. Alors que le contraire n'est pas vrai : il n'y a pas, entre les salariés de tous les pays, les relations étroites qui existent entre leurs patrons. Une évasion de capitaux ou une manoeuvre contre les emprunts d'Etat français sera appuyée efficacement par les capitalistes étrangers, une grève nationale n'aura qu'exceptionnellement un prolongement à l'étranger. Il n'est donc pas difficile au programme de l'UMP d'être "solide", "précis" et "crédible" ! C'est celui qui a été mis en place pour démanteler les retraites en 2003, pour baisser les impôts des riches, pour mettre en vente des appartements à la découpe, pour saboter la Sécu, pour imposer le CNE, etc. Alors que les réformes de gauche (les 35 h) son tellement déformées par les pressions patronales qu'elles finissent par ressembler au couteau de Lichtenberg : "sans lame et dépourvu de manche". Evidemment que les mesures de Nicolas Sarkozy sont "solides", "précises" et "crédibles" ! Ce sont celles qui sont mises en oeuvre aujourd'hui...

 3. Mais ce n'était pas tout : Pierre Lellouche (responsable UMP à la fois ultralibéral et atlantiste) avait été invité sur le même journal de 8 h 30 à 9 h. Il n'avait pas cessé de dauber sur Ségolène Royal qui, paraît-il, ignorait le nombre de sous-marins nucléaires français. On pourrait rétorquer à M. Lellouche que cette connaissance est tout à fait anecdotique et que si, avant 2000, on avait interrogé l'actuel président des Etats-Unis sur l'histoire et la géographie des pays du monde et ce sur des questions simples (par exemple, le nombre approximatif d'habitants des pays de l'Union européenne ou les belligérants de la guerre de 1914) il n'est pas certain que l'on n'aurait pas eu des surprises... (et même si on lui posait la même question aujourd'hui, après deux mandats). En outre, les sous-marins nucléaires ne sont tout de même pas des objets dont le chef de l'Etat s'occupe tous les jours. N'est-il pas plus grave qu'un ministre croie qu'avec un salaire de 4000 euros on est dans la classe moyenne ? (Alors que simplement la moitié ferait déjà le bonheur d'une bonne partie des Français...). Eh bien, à 10 h, à 11 h et à 13 h, France Inter n'a pas cessé de repasser les sarcasmes de Pierre Lellouche.

 Question : lorsque l'on décompte du temps de parole des candidats aux élections, comment - et au profit de qui - compte-t-on la prestation du CSA ? Du Parisien ? De France Inter ? Sur des questions équivoques, biaisées, les médias s'engagent derrière un candidat. 

 Dernier point, qui n'a rien à voir : dans quelques jours, Microsoft va mettre en service son nouveau système d'exploitation Vista, pour laquelle la firme fait déjà de la publicité depuis des mois. Dans le journal de France Inter, vers 13 h 20, pour en parler, le journaliste de France Inter avait invité... Nicolas Mirail, propre responsable de Vista à Microsoft France ! On aurait pu imaginer que ce soit un rédacteur de journal informatique (non intéressé à l'affaire) ou un universitaire ou un sociologue. Eh bien non ! France Inter a ainsi offert, au moins, dans les 3 à 4 minutes (estimées) de publicité gratuite, à une heure de grande écoute à une firme richissime et ultra-dominante sur le marché ! De plus, aucune question critique n'était posée et le salarié de Microsoft et le journaliste s'entendaient comme larrons en foire, le premier disant qu'on pouvait se brancher à tout moment sur France Inter, et le journaliste, faisant chorus pour conclure : "Je retiens qu'on pourra écouter toutes les stations de France Inter". Même, le journaliste "servait la soupe", en disant, faussement alarmé : "Et il faudra renouveler son matériel ?". Et l'autre de se faire patelin en parlant de mémoires, de gigaoctets, de processeurs, de 500 euros comme de rien... Autrement dit, un marché considérable pour tous les marchands d'ordinateurs dans les mois à venir.

 A ce propos, deux autres remarques :

 - Nicolas Mirail, de Microsoft, disait : "On a besoin de faire autre chose", comme s'il allait de soi que, au bout de 6 mois, de 12 mois, de 2 ans, il était absolument indispensable de consommer toujours plus et davantage de production informatique : de l'ordinateur, de l'Internet, du haut débit, des images, des jeux, etc. Comme si ce "besoin" était du même ordre que les besoins humains de base (manger, se loger, être soigné) ou les besoins comme se cultiver, avoir des vacances, une retraite, etc. Présenter la consommation à outrance comme un "besoin" est pour le moins étonnant !

 - Lorsqu'une entreprise publique (comme EDF, SNCF, France Télécom) a une position dominante sur son marché national, elle est l'objet de toutes les critiques, de toutes les moqueries, de toutes les calomnies, de toutes les médisances et de toutes les attaques. Or, Microsoft a un monopole privé sur le monde entier ! Un monopole supérieur (90 % pour Windows), par exemple, à ce qu'est le monopole public de France Télécom, en France, dans son seul secteur. Tout ce qui est péché, vice, tare quand le monopole est public devient donc vertu, qualité et avantage quand ce monopole est privé !

 Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.

Bien à vous

Philippe Arnaud

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