« 10 janvier 2007 | Page d'accueil | 27 janvier 2007 »

jeudi, 11 janvier 2007

11 janvier 2007

Chers tous,

J'ai regardé, ce jour, le journal télévisé de 13 h de France 2, présenté par Françoise Laborde. Le séquençage des sujets (que j'ai pris sur le site de la chaîne) était le suivant (les chiffres sont ceux du début du traitement du sujet):

 

Les titres de l'actualité : 12 h 59 mn 07 s

Les deux enfants enlevés dans les Yvelines retrouvés : 13 h 00 mn 23 s

Les aveux du tueur présumé du pilote de quad : 13 h 05 mn 26 s

Saint-Sylvestre : 683 voitures brûlées ? : 13 h 06 mn 38 s

Pas-de-Calais : alerte aux vents violents : 13 h 08 mn 27 s

Manque de neige dans les stations de ski : 13 h 09 mn 56 s

Gastro-entérites : les urgentistes débordés : 13 h 11 mn 30 s

Les voeux de Jacques Chirac à la presse : 13 h 13 mn 39 s

Retraite : il faudra travailler plus longtemps ? : 13 h 15 mn 42 s

François Hollande s'exprime sur les impôts : 13 h 21 mn 05 s

Le secteur informatique recrute : 13 h 21 mn 19 s

La nouvelle stratégie de George Bush en Irak : 13 h 25 mn 37 s

Indonésie : des débris du Boeing disparu retrouvés : 13 h 25 mn 43 s

La pauvreté au Nicaragua, priorité de Daniel Ortega : 13 h 27 mn 30 s

De l'huile de colza dans vos moteurs : 13 h 30 mn 15 s

Le feuilleton : surendettement et justice : 13 h 32 mn 21 s

Allemagne : un film parodique sur Hitler : 13 h 37 mn 15 s

L'invité des 5 dernières minutes : Catherine Jacob : 13 h 39 mn 10 s.

 

Remarque n° 1. Il y avait 18 sujets pour à peu près 45 minutes de journal. Je n'ai pas trouvé l'heure de fin mais je m'en tiens à la lettre de l'intitulé du dernier sujet, c'est-à-dire 5 minutes, postulant que le journal s'achevait à 13 h 45. Cela donne une moyenne de 2 mn 30 s pour chaque sujet, avec des disparités, certains sujets étant plus longs que d'autres. Dans un laps de temps aussi court, une variation de 30 secondes, est donc, en valeur relative, considérable.

 

Remarque n° 2. Sur ces 18 sujets, quatre concernent l'étranger : un la politique irakienne de George Bush, un l'accident d'avion en Indonésie, un la situation sociale au Nicaragua, un une pièce de théâtre à caractère politique en Allemagne. Ces quatre sujets durent au total 6 mn 33 s. En s'en tenant à la moyenne, de quatre fois 2 mn 30 s, on devrait donc avoir des sujets durant au total 10 minutes. Donc, par rapport à la moyenne théorique, ces sujets font 3 mn 27s de moins, soit une diminution de 34,5 % du temps réservé à la politique étrangère par rapport au temps théorique.

 

Remarque n° 3. Sur ces 4 sujets de l'étranger, deux peuvent se rattacher à la politique internationale proprement dite, ceux qui concernent l'Irak et le Nicaragua. Celui de l'accident d'avion n'est qu'un fait divers se déroulant à l'étranger et celui de la pièce sur Hitler se rattache à la politique par des petits côtés. A la différence de ce que serait, par exemple, une déclaration d'Angela Merkel sur l'Europe, ou sur l'énergie, ou sur les troupes allemandes en Afghanistan, ou sur les investissements allemands en Europe centrale et orientale. Les deux sujets proprement politiques (Bush + Nicaragua) durent au total 2 mn 53 s, dont 2 mn 45 s pour le Nicaragua (mais il doit y avoir une erreur, car cela ne donne que 8 secondes pour Bush et j'ai l'impression que le reportage a été plus long. Je crois qu'il y a eu une erreur avec le sujet sur l'Indonésie et que le sujet sur Bush a duré une minute de plus, ce qui donnerait un total de 3 mn 53 s, ce qui, pour une durée théorique de 5 minutes, donne une diminution de 22,3 % du temps consacré à la "grande" politique étrangère).

 

Remarque n° 5. Sur le total des deux, le sujet important (l'Irak) passe - en temps - derrière celui du Nicaragua. En outre, il arrive à 13 h 25, c'est-à-dire à plus de la moitié du journal ! On ne peut pas dire que la politique internationale constitue une priorité dans le journal de Françoise Laborde... Cela est d'autant plus surprenant que le fait concerne une décision de la première puissance mondiale sur le point de politique internationale le plus important de cette puissance ! Important dans le sens qu'elle y a perdu plus de 3000 de ses soldats, dépensé 350 milliards de dollars, et qu'elle s'est brouillée avec nombre de ses alliés et s'est aliéné la totalité de l'opinion musulmane. En outre, venant avec les bombardements en Somalie, le lancement d'une opération en Afghanistan et des menaces à l'égard de l'Iran, la décision de George Bush d'expédier 21 000 soldats de plus en Irak marque une hostilité accrue - et active - des Etats-Unis à l'égard du monde musulman. Dans les semaines à venir, cela peut entraîner des conséquences dramatiques et on a, au mieux, une minute et demie de reportage placée presque en fin de journal (si l'on considère que le feuilleton et l'invité des 5 dernières minutes ne sont pas le journal stricto sensu).

 

Remarque n° 6. Les trois premiers sujets, qui durent 8 minutes (17,7 % du journal total mais 22, 8 % du journal réel en en excluant le feuilleton et l'invité des 5 dernières minutes) sont tous les trois uniquement consacrés à des crimes, délits et affaires judiciaires). Les informations sur la météorologie (vent et neige) durent 3 mn 03 s. L'accident d'avion en Indonésie (si l'on admet que le sujet sur George Bush se termine à 13 h 26 mn 37 s), dure 20 secondes (c'est à peu près l'impression que j'ai eue). Le sujet sur la gastro-entérite dure 1 mn 34 s. Donc, au total, les crimes, plus la météo, plus l'accident, plus la gastro-entérite représentent 12 mn 57 s, ce qui, pour un journal réel de 35 minutes, couvre plus du tiers du temps.

 

Remarque n° 6. La mentalité d'Ancien Régime, telle qu'elle a été étudiée notamment par Pierre Goubert et Robert Mandrou, se caractérise, dans les nouvelles, par les grands crimes (ou les grands procès, ce qui revient au même), les dérèglements du temps (auxquels la société de jadis, rurale à 90 % et très sujette aux moindres variations du temps était très sensible) et enfin aux grandes catastrophes de toutes sortes (incendies, épidémies, inondations, tremblements de terre). Ces trois thèmes, il faut le remarquer, entretiennent d'étroits rapports de cohérence. Un crime c'est une catastrophe en petit, une épidémie ou une inondation, c'est un homicide en grand, un dérèglement climatique peut être une catastrophe, il peut donner lieu à des crimes - quand on se choisit des boucs émissaires (juifs, gitans, marginaux, étrangers, asociaux) censés être coupables de phénomènes qu'on en comprend pas. [Les autres caractères de l'Ancien Régime mental, dans les journaux, étaient : le merveilleux, les contes de fées, l'admiration portée aux grands de ce monde ou aux êtres exceptionnels et enfin les fêtes (joyeuse entrées, visite ou avènement d'un souverain, fêtes paroissiales ou patronales, jubilés, victoires, etc.) et l'astrologie].

 

Remarque n° 7. Techniquement, notre époque n'a rien à voir avec l'Ancien Régime étudié par Goubert, Mandrou ou Lucien Bély (et qui correspond, en gros, aux règnes de nos cinq derniers rois - avant 1789 - c'est-à-dire aux rois Bourbons). Dans le domaine des "médias", au lieu des gazettes d'Ancien Régime, à la périodicité très variable, on a la télévision, la radio, l'Internet, le téléphone portable, l'ordinateur. Lorsque l'on fait la multiplication du nombre de récepteurs par celui des émetteurs, par la capacité de traitement, par la vitesse de transmission, par la rapidité de diffusion, par la qualité (c'est-à-dire par l'introduction du son et de l'image et de la manipulation des deux), le facteur multiplicateur, par rapport aux XVIIe et XVIIIe siècles, est tellement grand qu'on ne peut même plus parler de quantité mais de changement d'espèce ou de règne (comme on parle du règne minéral, végétal ou animal). Et pourtant, sur le fond, la teneur du journal de ce jeudi 11 janvier 2007 n'est guère éloignée de celle d'un contemporain de Louis XVI, ce qui, en soi, est porteur d'un projet idéologique.

 

Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.

Bien à vous

Philippe Arnaud, AMD Tours


Commentaires

Cette analyse du journal télévisé n'est pas très nouvelle. Il y a une dizaine d'année, un quotidien suisse avait publié en Une l'intégralité du texte (prompteur) débité la veille par le présenateur du 20h. La une était encore trop large... Elle reste néanmoins toujours intéressante car on oublie régulièrement que le journal télévisé n'est pas un journal mais l'exercice de ce qu'on appelle en presse un secrétaire de rédaction : une liste de titres.

Il ne faut pas malgré tout se bercer d'illusions sur ce que devrait être le journal TV en termes de profondeur d'information. Passer 2'30 ou 4' sur Georges Bush serait peut-être un prodigieux bond en pourcentage du temps d'antenne consacré à l'information, mais ce ne serait jamais que 1'30 de plus pour appréhender une situation (géo-politique du moyen orient, rôle des EU, histoire, diplomatie, etc.) qui requiert, si l'on veut vraiment la maîtriser, d'autres canaux d'information : journaux quotidiens, magazines, web et livres entre autres. Et régulièrement.

Le fait est (et pas ancien) que si on veut s'informer correctement, la TV ne sert à rien. Ce sur quoi la TV renseigne est davantage inscrit dans la tonalité et le commentaire des images, les angles, que dans le temps consacré aux sujets.

Quand on enchaine des images, on leur donne un sens et on peut alors leur conférer un pouvoir de diffusion idéologique. Quand on choisit de faire du titre sur les faits divers, la météo, l'actu internationale et le sport (ou quoi que ce soit d'autre) on est pas dans l'idéologie mais dans la recherche d'audience (qu'aucune aspiration ne soit négligée dans mon auditorat).

Je ne pense donc pas qu'on puisse en l'espèce parler de voonté idéologique (et laquelle d'ailleurs ?). La pratique de l'intérieur des médias montre que les compromissions (des patrons d'antennes et de journaux pour des "amis") et complaisances (des journalistes vis à vis d'eux mêmes) sont finalement peu courantes. Elle n'en restent pas moins dramatiques, et d'autant plus qu'elles sont vécues la plupart du temps par les intéressés comme normales, mais elle ne donnent pas corps à une mission organisée de désinformation.

Une comparaison n'est pas une corrélation. Au moyen-âge, des troubadours racontaient des chansons. A notre époque aussi. Nos régimes ne sont pourtant pas les mêmes.

Ecrit par : Marceau | vendredi, 19 janvier 2007

>e ne pense donc pas qu'on puisse en l'espèce parler de voonté idéologique (et laquelle d'ailleurs ?).

Un vrai question de fond se pose: peut-on etre une victime inconciente de sa propre volonté ideologique?

Je pense que c'est tout à fait possible de part le d'terminisme que le conditionnement ideologique produit. D'ou la visoin déveleppée dans le billet de philippe.

Maitenant on peut en discuter!

Ecrit par : jm | vendredi, 09 mars 2007

Lépoque moderne ne commence pas comme vous semblez le dire aux Borbons mais aux derniers Valois, aprés la Guerre de Cent Ans.

En effet, la Renaissance fait partie intégrante des Temps Modernes.

De plus, sur la mentalité d'Ancien Régime, vous citez 2 historiens célèbres , Mandrou et Goubert, mais pas leurs contradicteurs, Mousnier et Bercé. De plus, il existe toute une jeune génération d'historiens qui ont renouvelé ces approches comme Agnés Walch ou Oilvier Chaline.

Ecrit par : Romain | mercredi, 28 mars 2007

Ecrire un commentaire