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dimanche, 27 août 2006

27 aout 2006

Chers tous,

 

Pour reprendre le cours de nos activités normales, remobiliser nos adhérents, repartir de plus belle, je propose d'entreprendre une action à laquelle j'attache beaucoup de prix : commémorer la fin tragique des deux inspecteurs du travail assassinés, il y a deux ans, jour pour jour, à Saussignac, en Dordogne. Il s'agit aussi, bien entendu, de parler de l'inspection du travail et du Code du Travail. Je plaide pour cette action avec les arguments que voici :

 

1. Le programme du Medef, d'Ernest-Antoine Seillière à Laurence Parisot et des doctrinaires universitaires néo-libéraux (Pascal Salin, Bertrand Lemennicier, Jacques Garello et consorts) pourrait se résumer en un seul et unique article : supprimer le Code du Travail. Une fois le Code du Travail supprimé, on en serait au renard libre dans le poulailler libre (ou, pour parler comme Joseph, dans la jungle). Très crûment, la suppression du Code du Travail, cela, en français, porte un nom : l'esclavage.

 

2. Le Code du Travail, c'est, nécessairement, l'inspection du Travail. Tout comme le Code de la route ou le Code pénal, c'est la gendarmerie et la police, car il n'est pas de Code sans force pour le faire respecter. Si on s'attaque aux inspecteurs du Travail, on s'attaque donc, nécessairement, au Code du travail.

 

3. A cet égard, il faut bien replacer les responsabilités :

 

- Henri IV n'a pas été assassiné par François Ravaillac mais par tous les Ligueurs, les ultra-catholiques qui lui avaient mis dans la tête qu'un roi hérétique, qui promulguait l'édit de Nantes, c'était la perdition de la France,

- Jean Jaurès n'a pas été assassiné par Raoul Villain mais par Léon Daudet, Paul Déroulède, Maurice Barrès, Edouard Drumont, Charles Maurras et par tous les plumitifs qui, durant l'Affaire Dreyfus, ont déversé leur haine à plein bord dans les journaux nationalistes.

- Le Marocain jeté dans la Seine en queue de cortège du Front National n'a pas été tué par les skinheads bas de plafond qui ont perpétré le forfait, mais par tous les gens bien cravatés, bien policés, les cadres du F.N., des universitaires même, comme Gollnisch ou Martinez, qui distillent leur fiel chez des esprits faibles.

- Eh bien, Daniel Buffière et Sylvie Trémouille n'ont pas été tués par ce patron qui leur a tiré dessus mais par tous ceux qui, comme Laurence Parisot (qui ne tuerait peut-être même pas un poulet de sa main), se permettent des phrases comme : "La liberté de penser s'arrête là où commence le Code du Travail".

 

4. En conséquence, en manifestant en faveur des malheureux assassinés (et de quelle façon : leurs foie, leurs poumons ont été broyés par des tirs de chevrotines !), on manifeste contre les véritables auteurs, c'est-à-dire les instigateurs intellectuels et moraux de ce forfait, les doucereux universitaires, les journalistes (même pas vendus, bêtes, tout simplement), qui font des ménages à 18.000 euros la demi-journée mais trouvent que le SMIC est un salaire de nabab.

 

5. La défense du Code du Travail entre tout à fait dans la philosophie, les objectifs, les moyens, les buts d'Attac. Tous les combats auxquels Attac a participé se ramènent tous, en fin de compte, au Code du Travail. La défense des retraites en 2003 ? C'est le Code du Travail, car la cotisation retraite est un salaire différé et que le salaire, c'est codifié par le Code du Travail (et le même raisonnement vaut pour la Sécurité sociale). La diminution du temps de travail ? Code du Travail ! Le combat contre le CPE et le CNE ? Code du Travail ! Les conditions concrètes du travail (CHSCT) ? Code du Travail ! L'apprentissage à 14 ans ? Code du Travail ! Les conditions de vie des salariés chinois ? Code du Travail ! (Code du Travail chinois, mais Code du Travail quand même), etc.

 

6. Une mobilisation autour de cet événement nous permettra de nouer des liens avec nombre de partenaires intéressés à l'affaire :

- Les inspecteurs du travail eux-mêmes,

- Les syndicalistes (car quel est le sens du travail d'un syndicaliste, sinon défendre, élargir et étendre le Code du Travail ?).

- Les partis politiques de gauche : quel est le sens du combat d'un parti de gauche s'il ne tourne pas, au premier chef, autour de la défense des conditions de travail ?

 

Toutes choses égales par ailleurs, une telle cause nous mobiliserait avec les autres forces progressistes comme nous ont mobilisés la lutte contre le TCE (en 2005) et la lutte contre le CPE (en 2006). Par ailleurs, aucun responsable de la droite n'ayant élevé la voix (pour des gendarmes tués, on aurait eu droit aux trémolos de Chirac, Villepin et Sarkozy, qui ont eu là un silence scandaleux, car les inspecteurs du travail, ce sont aussi des gendarmes, les gendarmes du travail), il serait hautement moral qu'on honore la mémoire de ces malheureux, une personne n'étant jamais "vraiment" morte tant qu'on pense à elle.

 

Je vous saurais gré de vos remarques, suggestions et critiques

Bien à vous

Philippe Arnaud, AMD Tours


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