vendredi, 16 novembre 2007
15 novembre 2007
Les remarques de ce jour portent sur les mouvements sociaux actuels, notamment dans les chemins de fer. Il y aurait beaucoup à dire sur la présentation qui en est faite. Je ne retiendrai qu'un seul point, que j'illustrerai d'un exemple.
Quel est ce point ? C'est celui que relevait déjà (il y a 50 ans !) Roland Barthes dans ses "Mythologies", et par lequel il caractérisait la pensée petite bourgeoise. Qui, pour une bonne part est celle de l'idéologie de la droite. C'est celle qui, contrairement à la pensée de Barthes, scinde tout, divise tout, sépare tout. La phrase favorite de cette idéologie est : "Mais qu'est-ce que vous mélangez là ? Tout cela n'a rien à voir...".
Dans cette optique, les divers mouvements sociaux ("réforme" des régimes spéciaux de retraite, suppression des tribunaux, "réforme" des universités...) sont présentés comme des mouvements répondant à des problèmes séparés, ne touchant chaque fois que des catégories bien particulières. Alors que toutes ces "réformes" procèdent en fait de la même volonté idéologique ultralibérale de démanteler l'Etat social instauré par le programme du CNR (Conseil National de la Résistance),comme l'avouait récemment (et cyniquement) dans Challenges Denis Kessler, ex-numéro 2 du Medef. On commence par suppimer les plus voyantsdes "privilèges" et on continue par les autres...
Le point le plus net de ce saucissonnage est la présentation de la grève des chemins de fer qui se déroule en ce moment même en Allemagne. Le journal de 13 h de France 2 est d'ailleurs caractéristique dans sa formulation : "En Allemagne aussi, la plupart des trains sont à l'arrêt, aujourd'hui, en raison d'une grève historique... Nous avons choisi de vous montrer ce reportage parce qu'il n'a rien à voir avec ce qui se passe en France... Outre-Rhin la grève est vraiment le dernier recours... Elle n'est d'ailleurs pas inscrite dans la Constitution...
C'est un juge qui doit décider si elle est légale ou pas..."
Remarque : tout est fait pour opposer les "bons" Allemands, "qui-ne-font-jamais-grève" et les "vilains" Français, adeptes de la "gréviculture". Et on sent, entre les lignes, comme une admiration pour ce pays où la grève n'est même pas garantie par la Constitution et où elle est si sévèrement encadrée ! En écoutant parler la journaliste, on note, très nettement, une accentuation du ton (prononciation plus lente et plus forte) à la fois sur le pronom "rien" et sur le nom "juge". La grève est dite "historique". Cet adjectif est intéressant, car à quoi pense un Français lorsqu'on accole au nom Allemagne l'adjectif "historique" ? Aux deux guerres mondiales, à l'avènement du nazisme ou à l'hyper inflation de 1919, autrement dit à des catastrophes...
Quand le reportage continue, que voit-on et qu'écoute-t-on ?
- Un Allemand parlant français et qui dit "Vous êtes plus accoutumés que nous [condamnation indirecte par étranger interposé, de nos méthodes de "voyous"et de "fainéants"] et qui termine en disant "en tout cas, ce n'est pas bien..." [choix du sempiternel usager " mécontent-contre-ces-nantis-qui-prennent-en-otage-la -population-laborieuse-pour-défendre-leurs-petits-privilèges"...]
- On parle du "tout puissant, quoique minoritaire, syndicat des conducteurs...", variation sur le thème favori de la droite des syndicats "qui-ne-représentent-rien-mais gênent-tout-le-monde"..., ce qui permet de mieux faire passer la métaphore de la "prise d'otages".
- On voit le directeur des chemins de fer qui dit : "Si le syndicat des conducteurs croit nous faire capituler sans conditions, il se trompe...". On aurait pu, à la place, faire parler des grévistes, ou le directeur et les grévistes : on n'a fait parler que lui. Message subliminal : comme en France, en Allemagne, les autorités sont fermes.
Elles ne capituleront pas ! La grève, en Allemagne, échouera (et, sous-entendu, ne fera que précéder l'échec de la grève française...).
Contre la coalition alliée, c'est-à-dire contre l'ennemi. Cheminement insidieusement suggéré : le syndicat, c'est l'ennemi du pays...
- On entend que "Jusqu'à présent, la Deutsche Bahn a réussi a faire interdire la grève, par le juge, pour des raisons économiques".
Qu'est-ce que cela veut dire ? Absolument rien ! Evidemment, que toute grève a des répercussions économiques, puisque c'est précisément la cessation d'un travail, donc d'une activité économique ! La conclusion logique (et insidieusement suggérée) de cette lapalissade est : toute grève, parce qu'elle fait perdre de l'argent, est illégitime ! Donc, supprimons-en le droit...
On entend que la grève coûte entre 50 et 100 millions par jour : c'est donc bien une "catastrophe".
- On écoute : "Autre grosse différence entre la France et l'Allemagne, ici la grève n'a rien de politique..." Il faut s'arrêter sur cet adjectif "politique" qui, dans le jargon de la droite, est un synonyme de "infondé", "abusif", "tiré par les cheveux". Dans l'idéologie droitière, tout vit dans des domaines séparés : le social, l'économique, le politique. Une augmentation ou une diminution de salaire, c'est de l'économique ou du social : cela ne saurait avoir de lien avec les rapports de force sociaux, les modes de production, les dominations de classe qui, eux sont invisibles, "naturels", comme la pluie et le beau temps... D'ailleurs, la chancelière se tient en retrait, elle ne s'occupe pas de ça : trop mesquin pour elle, la rébellion sera écrasée par les forces locales, pas la peine de faire donner les panzers...
- A la fin, l'envoyé spécial, Jérôme Bony, conclut : "Quand on compare la pratique du droit de grève de part et d'autre du Rhin, force est de constater que le chemin est long avant une harmonisation sociale au niveau européen..." Sous une forme anodine (ah, les différences culturelles !) ce n'est pas à n'importe quelle harmonisation à laquelle pense Jérôme Bony. Compte tenu de la teneur du reportage, on sent bien que le souhait subliminal n'est pas que ce soit l'Allemagne qui s'aligne sur la France...
Et, en revanche, que n'écoute-t-on pas ? Qu'est-ce qui est totalement abesnt du reportage ? Les raisons de la grève ! Pourquoi les conducteurs ont-ils débrayé ? Mystère... La grève est donc présentée comme un événement sans cause, déclenchée par une minorité malfaisante, qui ne produit que des mécontentements, provoque d'énormes pertes financières et n'est pas "politique"...
La prétérition est la figure de rhétorique par laquelle on déclare une chose tout en niant la proférer ("Si je ne vous respectais pas infiniment, je dirais que vous êtes un imbécile"). Tout en prétendant, au début du reportage que la grève n'avait "rien" à voir avec la grève française équivalente (en détachant bien les syllabes "RI" et "IN"), l'objet de ce reportage, en fait, avait "tout" à voir avec la grève française : déligitimation du principe même de toute grève, en France comme en Allemagne, présentation des seuls inconvénients de celle-ci (mécontentement des usagers, pertes financières), souhait insidieusement suggéré de l'échec de ces mouvements (en Allemagne, mais, surtout, en France) et de l'alignement du vilain pays rebelle (ou du "mauvais élève de la classe") sur le "bon" exemple du "bon élève" allemand : celui d'un pays discipliné, sans grève, en un mot, pour les lecteurs du "Point" ou de "L'Express" ou les fans de Jean-Marc Sylvestre : "moderne"...
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, rectifications, ou critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
12:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
mercredi, 24 octobre 2007
24 octobre 2007
Chers tous,
Je reprends - après un long silence...- les remarques sur les médias.
Les observations de ce jour portent sur le journal de 13 h de France 2, présenté par Françoise Laborde.
1. Le journal débute un peu avant 13 h, à 12 h 59 mn 14 s et se termine à 13 h 46 mn. Il dure donc 47 minutes et comprend 22 sujets. Un mot sur ce décompte : j'inclus la présentation du sommaire (de 57 secondes) comme un sujet à lui seul, puisqu'il donne la tonalité du journal, l'ordre et la hiérarchie des informations et peut inciter à rester sur la chaîne ou à zapper sur TF1. En fait, il y a un peu plus que 22 sujets, en ce que certaines informations sont données par bribes, à la suite d'un sujet principal, sans faire l'objet d'un titre introductif.
2. Qu'est-ce qui frappe d'abord l'observateur des médias (comme dans toute observation) ? C'est le journal "en creux", c'est-à-dire le journal qui aurait pu (ou dû ?) être fait et qui ne l'a pas été. Par
exemple ? Par exemple, la pauvreté insigne des informations de politique extérieure. Or, celle-ci, actuellement, ne manque pas de sujets, ne seraient-ce que toutes les guerres ou tous les conflits au sein du monde musulman, de Gaza au Pakistan. Puis tout ce qui regarde la Russie - acteur incontournable pour l'énergie, la politique en Extrême-Orient, en Europe et au Proche-Orient. De façon générale, le journal de Françoise Laborde est plus que pauvre (et c'est un euphémisme !) sur la politique extérieure. Celle-ci se résume, pour ce journal, à la visite de Nicolas Sarkozy au Maroc (20 secondes...). Par ailleurs, on manque cruellement d'informations sur les deux énormes scandales d'argent de ces dernières semaines : l'enrichissement des patrons d'EADS (Arnaud Lagardère) et la
caisse noire de l'UIMM (branche du Medef) gérée par Denis Gautier-Sauvagnac. Alors que la moindre fraude à la Sécu ou au RMI est étalée dans tous les sens...
3. Je reviens sur les observations (et il faut sans cesse y revenir) que Pierre Goubert faisait, il y a 40 ans, sur la mentalité d'Ancien Régime. Qu'est-ce qui caractérisait les nouvelles des (rares) gazettes ? Le merveilleux (aujourd'hui transporté dans la technologie), l'horrible (crimes, accidents, guerres, pestes, famines, ces dernières, aujourd'hui délocalisées dans le tiers monde), l'admiration pour les grands (rois, présidents, ministres, vedettes, sportifs), le rêve et le miraculeux (transportés dans la consommation et le Loto), la distraction (sport, spectacle, consommation). La thèse de Goubert était qu'entre le XVIIIe siècle et aujourd'hui la société a formidablement changé par les sciences et les technologies, mais que la mentalité est restée exactement la même..
4. Le journal ne fait pas exception : d'un bout à l'autre, c'est l'information d'un journal de la PQR (Presse Quotidienne Régionale) élargie aux dimensions de la France, voire de la planète. Ou, à
l'inverse, les informations de la planète, calibrées au niveau des informations locales. Et, de fait, par quoi commence-t-on, durant 6 minutes, c'est-à-dire 13 % du temps du journal ? Par deux malheurs, deux catastrophes : la mort d'un enfant de 18 mois, déchiqueté par un molosse, et les incendies de Californie. En fait, ces 6 minutes sont plus que 6 minutes : le temps n'est pas égal tout au long du journal. Le début colore tout le reste.
5. La famille de l'enfant victime du chien habite Bobigny, en Seine-Saint-Denis, et il s'agit d'une famille noire. Ces deux faits ne sont pas anodins. Bobigny est en Seine-Saint-Denis, qui n'est pas un département choisi par les riches... On retrouve là les présentations des malheurs : ils n'arrivent que dans le tiers monde. Or, qu'est-ce qu'une famille noire habitant en Seine-Saint-Denis, sinon le tiers monde à domicile ? [L'assimilation presque totale entre tiers monde, misère et catastrophes n'est pas non plus innocente : elle instille l'idée que, comme il n'arrive que des malheurs dans le tiers monde, il est inutile de l'aider puisqu'il ne s'en sortira pas. En outre, se glisse la suggestion subliminale que (comme on l'insinue parfois pour les femmes violées), ce malheur, le tiers monde en est quelque part responsable...]. Enfin, la douleur des parents de la victime est spectaculaire : ils se traînent par terre, hurlent, gémissent... Mais là aussi, cette présentation est équivoque : le spectateur français "de souche" est amené à penser : "quand même, ils manquent de tenue ! Moi, je serais plus discret ! On a beau dire, ce sont quand même des sauvages..."
6. A peine avalées les informations sur l'enfant victime, viennent les incendies de Californie. Là aussi, en creux, on ne peut que constater la superficialité des informations. A voir les images, on a l'impression que la Californie est en feu. Or, le pays couvre 410 000 km2, 50 000 de plus que l'Allemagne... Où sont localisés les incendies ? On dit qu'un demi-million de personnes ont été évacuées (la présentation du chiffre est significative : un demi-million, c'est plus que 500 000, parce que, dans l'énoncé, l'esprit a retenu le mot "million" et non "mille"...).
Mais qu'est-ce que cela représente pour une superficie des trois quarts de la France ? Et une population de 39 millions d'habitants ? Remarque importante : absolument rien n'est dit des causes de ces incendies : plan d'occupation des sols, gestion des terrains incultes, urbanisation, routes, gestion de l'eau, etc. Tout est fait pour donner l'idée de fatalité, comme celle d'une catastrophe provoquée par un séisme ou un astéroïde. Là où l'information est recalibrée, rapetissée au niveau
d'une info locale, c'est lorsqu'on voit une victime s'attendrir sur son chat... On se dit : les Américains ont des chats, comme nous, ce sont donc aussi des êtres humains...
7. Les deux sujets qui suivent sont : "Fin de la grève à la SNCF" et "Grève à Air France". Ils ne sont pas placés là fortuitement : ils sont placés, à la suite des catastrophes, pour apparaître aussi comme des catastrophes... Et, pour le cas où on ne comprendrait pas, Françoise Laborde ajoute, à propos de la grève d'Air France : "Les hôtesses et stwarts d'Air France ont déposé un préavis de grève du 25 au 29 octobre, c'est-à-dire au moment des départ en vacances de la Toussaint, où beaucoup d'enfants prennent l'avion seuls..." Cette dernière notation est destinée à "boucler" sur l'information initiale de l'enfant tué par un chien, c'est-à-dire à renforcer l'indignation envers les personnels d'Air France par l'émotion encore toute fraîche du drame de Bobigny.
8. Dans la visite de Nicolas Sarkozy au Maroc, juste à la fin la caméra filme une réception dans un palais (ou un palace) marocain, et qui voit-on, en robe longue de soirée se pressant parmi les invités ? Laurence Parisot, présidente du Medef...
9. Sujet du Salon de l'auto de Tokyo, vers 13 h 16 : présentation de voitures écologiques, fonctionnant à l'électricité, aux carrosseries molles, de voitures gigognes, ou pivotant à 360°. Qu'est-ce qui est suggéré à travers cette présentation ? Que les problèmes liés à l'automobile, seront résolus... par l'automobile ! Que, pour répondre aux inconvénients suscités par la technologie... il faut plus de technologie ! Tout changer pour que rien ne change : ne surtout pas toucher à la sacro-sainte bagnole...
10. A 13 h 17, un sujet sur Xavier Darcos, qui "part en guerre" contre les cartables trop lourds. La métaphore "part en guerre" n'est pas innocente. Quand on part en guerre, c'est contre un ennemi, contre une menace grave (et on sait gré à celui qui part en guerre pour nous, car il nous protège...). Certes, la question des cartables trop lourds est importante mais, sur le total des problèmes scolaires, cela n'est guère qu'un point anecdotique...
11. Sujet de 13 h 21 : la question de la grève des internes et de l'installation des médecins en zone rurale. Le médecin présenté est installé en Ille-et-Vilaine. Et le reportage commence ainsi : "35 heures de travail en une demi-semaine, la formule est chère au docteur Rouillier...". Qu'est-ce qui est dit à travers cette remarque ? D'abord une attaque contre les 35 h : si quelqu'un travaille 70 h, alors, les salariés (et les syndicats) sont de fieffés paresseux ! Ensuite, une préparation à la justification des médecins à rechigner à s'installer à la campagne : à des gens qui se donnent autant, on ne mégote pas le droit à l'installation... [Je signale, à l'attention des lecteurs
médecins, que ces remarques ne sont pas dirigées contre eux mais contre l'instrumentalisation dont ils sont l'objet].
12. Puis deux sujets de faits divers : un crime à Paris, et un procès, au Portugal, contre un couple français, accusé d'avoir assassiné un propriétaire de bateau. Avec, là aussi, tout les ingrédients du sordide un peu vicieux : des déclarations louches du couple, ne correspondant pas aux faits, et surtout, la nature de ce couple, un homme et une femme liés par le sang (ils sont demi frère et soeur). Ce qui, par là même, met en branle l'imagination du téléspectateur en lui faisant franchir la
barre du tabou de l'inceste : "si ça se trouve, ils couchaient ensemble...". Il ne manque même pas, pour ajouter au misérable, la mère des accusés, qui "enfonce" son fils en le présentant comme violent...
13. Sujet de 13 h 29 : en Alsace, la régularisation d'un Sénégalais, menacé d'expulsion. En sa faveur, ses patrons se sont mobilisés, ainsi que des élus locaux et - miracle ! - "la préfecture du Bas-Rhin a décidé d'appliquer, de façon anticipée, une disposition de la nouvelle loi Hortefeux sur l'immigration. Il sera régularisé, puisqu'il s'est particulièrement bien intégré dans son travail et dans un secteur, la restauration, où la main d'oeuvre fait défaut". Que tirer de ce reportage dégoulinant de bons sentiments ? La sempiternelle rengaine de la droite : "quand on veut, on peut", "la loi Hortefeux n'est pas contre les immigrés mais contre les parasites", bref une variation sur le "bon"
et le "mauvais" pauvre, entre le méritant et le paresseux, entre l'élu et le réprouvé...
14. Les derniers sujets, de 13 h 29 à 13 h 46, sont : le feuilleton de la semaine (reportage sur 5 jours, traitant du même sujet, ici la vie de bateliers sur la Seine), deux sujets (brefs) de sport, un sujet de
cinéma et l'invitée des 5 dernières minutes, la pianiste Hélène Grimaud (en fait, le sujet dure dans les 9 minutes), soit, durant plus du tiers du journal, du divertissement... En résumé donc, crimes, catastrophes, feuilleton, vedettes : des nouvelles répondant à une structure mentale, à des préoccupations, des croyances, des préjugés vieux de plus de deux siècles...
Et, comme à l'habitude, je suis à l'écoute de vos remarques...
Bien à vous
Philippe Arnaud, correspondant AMD 37
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lundi, 10 septembre 2007
10 septembre 2007
Chers tous,
J'ai regardé ce jour le journal télévisé de France 2 à 13 h. Voici ce
que j'ai noté.
1. A Béthune, un enfant de 6 ans a été tué lors d'un rallye automobile par une voiture sortie de piste.
On aurait décélé des traces de cannabis dans l'urine du pilote responsable de l'accident. Cette insistance sur la faute du pilote me semble être du même ordre que celle des autorités grecques imputant à des incendiaires les ravages du Péloponnèse, c'est-à-dire se focalisant sur une cause seconde aux dépens des causes premières. Dans le cas des incendies de la Grèce, les causes premières en étaient la gestion (ou la non-gestion) de l'occupation des sols grecs (en amont) et l'incurie des autorités à faire face à la catastrophe (en aval). Dans le cas de l'accident de Béthune, les causes premières sont : la place d'un enfant de 6 ans est-elle à quelques décimètres d'un bolide ? Ou bien : lorsque, dans le même journal, on présente un reportage sur le ferroutage qui évite la pollution, les encombrements et les accidents, n'y a-t-il pas inconséquence à faire l'apologie de courses automobiles ? Ou bien : dans la perspective d'une pénurie de pétrole, n'est-il pas léger de continuer à se pâmer devant des spectacles aussi dispendieux ? Ou bien : quand le gouvernement prend des mesures (très bien venues, très efficaces) contre la vitesse, n'est-il pas contradictoire de promouvoir des valeurs exactement inverses ?
2. Réforme du régime des retraites. Il est question, évidemment, de la remise en cause d'un certain nombre de régimes spéciaux de retraites, parmi lesquels les plus connus sont ceux de la SNCF ou de l'EDF, etc.
Cette question des retraites en général (et des régimes spéciaux en particulier) a une forte charge idéologique. La droite et la gauche s'y affrontent depuis le début des luttes sociales (au XIXe siècle) et c'est là-dessus qu'ont eu lieu les mobilisations sociales les plus importantes (par exemple en 2003), ou les lois les plus contraires (1981, 1993, 2003). Le sujet n'est donc pas neutre ! Or, la présentation débute ainsi : on voit des bateaux et on entend la voix du présentateur : "Le point commun entre un marin-pêcheur et un député..." et, à ce moment-là l'écran se sépare en deux dans le sens de la hauteur et, à gauche, on continue à voir des bateaux et, à droite, une vue de l'Assemblée nationale (censée illustrer les députés). Or, la caméra zoome sur les visages de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, députés socialistes. Pourquoi "eux"... comme par hasard ? Est-ce que des députés de droite, comme Patrick Devedjian, Hervé Novelli ou Hervé Mariton, ultralibéraux patentés, ne profitent pas, eux aussi, des mêmes avantages qu'ils s'apprêtent à supprimer aux autres ?
3. Troisième reportage, sur le soldat James Fair, de Pennsylvanie, handicapé de retour d'Irak. Ce pauvre soldat est horriblement mutilé : il boite, il a perdu ses deux bras, et il est aveugle : en plus, son visage a été affreusement défiguré. Il ne peut plus vivre seul et est handicapé à 100 %. Sa femme l'a quitté et il n'a plus, pour lui venir en aide, que sa mère et son beau-père (mari de sa mère). Comble de l'ignominie, le reportage précise : "les soldats handicapés ont droit à une prothèse. Pas James Fair, parce qu'il est aveugle". Comme si l'on ne prenait en compte que la cécité à titre principal et non la perte des bras, considérée à titre secondaire ! [Autrement dit : "Soldat, ici, c'est fromage ou dessert, mais pas les deux...".] En outre, le reportage évoque des fondations privées prenant en charge les soldats blessés. Pourquoi "privées" ? Pourquoi l'Etat américain, qui envoie ses ressortissants au sacrifice, ne remplit-il pas totalement son contrat avec eux ? Les avions aux prix astronomiques (F-22 Raptor, B-2 Spirit) sont-ils payés par des fondations "privées" ? Ce reportage m'a fait penser à l'admirable film "Johnny s'en va-t-en guerre", où après la guerre de 14, un soldat ayant perdu les quatre membres, aveugle et sourd, essaie de percevoir le monde extérieur en se remémorant sa vie antérieure. Le contraste entre le calvaire de ce presque enfant et de sa mère, avec la satisfaction obtuse et aveugle de Bush me semble un "remake" du film de Dalton Trumbo (d'ailleurs sorti en 1971, en pleine guerre du Vietnam).
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, précisions et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, correspondant AMD 37
17:25 Publié dans TV | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 16 juin 2007
12 juin 2007
Chers tous,
Aujourd'hui, sur France Inter, j'ai écouté l'émission 2000 ans d'histoire, présentée de 13 h 30 à 14 h par Patrice Gélinet. Le sujet en était Saint-Just (le révolutionnaire), et l'invité Jean-Jacques Lafaye. Remarques :
1. Les titres de l'invité à participer à l'émission étaient d'avoir écrit un livre sur Saint-Just, intitulé "Saint-Just : l'ombre des chimères", publié aux éditions du Rocher, en 2007 (137 pages) et que l'éditeur présente ainsi : "Quête psychologique, portrait érudit, interrogation critique, cette monographie du plus passionnant et littéraire héros de la Révolution française nous fait revivre, en douze tableaux, une tragédie personnelle qui se confond avec l'histoire, et dont l'écho résonne encore aujourd'hui, à l'heure de nouveaux fanatismes."
2. Il peut paraître étrange de donner la parole à un homme qui n'a écrit qu'un seul livre sur Saint-Just et qui, de plus, n'est pas même historien (contrairement à ce qui est indiqué sur le site de l'émission) mais polygraphe (une biographie de Stefan Zweig, un livre sur le fado, etc.). L'auteur, d'ailleurs, ne se cache pas de ne pas être un professionnel. Néanmoins, lorsqu'il cite des livres, il cite une biographie d'Albert Ollivier, et de Marie Leneru. Albert Ollivier a effectivement écrit un ouvrage intitulé "Saint-Just et la force des choses", préface d'André Malraux... et introduction de Michel Droit. Il cite aussi une biographie de Marie Lenéru. D'après les renseignements que j'ai pu voir sur Internet, Marie Lenéru écrivit, en 1922, un livre sur Saint-Just, avec une introduction... de Maurice Barrès. Donc, dans les deux cas, les rédacteurs des introductions n'étaient pas trop à gauche...
3. Apparemment aussi, Jean-Jacques Lafaye fait partie de la revue Politique internationale, fondée par Patrick Wajsman, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, conseiller éditorial du Président du groupe Figaro, fondateur et directeur de Politique Internationale et conseiller du Ministre de la Défense de 1993 à 1995 (pour la curiosité, il s'agissait de François Léotard).
4. Pour donner le ton de l'émission, j'en cite les premiers propos : "Vous n’avez rien à ménager contre les ennemis du nouvel ordre des choses, et la liberté doit vaincre, à quelque prix que ce soit. » (Saint Just, 10 octobre 1793). Puis Patrice Gélinet reprend : "Le 27 juillet 1794, sur la place de la Révolution, (l’actuelle place de la Concorde) les Parisiens étaient venus par milliers assister à la mort de deux hommes qui, pendant plus d’un an, avaient gouverné la France à un des pires moments de son histoire. Maximilien Robespierre, le visage défiguré par une blessure et qu’il fallut porter sous le couteau de la guillotine et celui que tout le monde appelait : « L’archange de la Terreur. » Louis-Antoine de Saint Just qui, comme si il accomplissait une tâche ordinaire, ne prononça pas un mot en montant sur l’échafaud, à l’endroit même où il avait fait guillotiner des milliers d’hommes et de femmes. C’était 9 mois plus tôt, lorsqu’au moment où la France était envahie de toutes parts, Saint Just avait fait voter une des lois les plus terribles de la Révolution : la loi des suspects".
5. Dans ces quelques lignes, on a "rien à ménager", "quelque prix que ce soit", "pires moments", "archange de la Terreur", "une des lois les plus terribles". L'impression de Saint-Just qui se dégage de ces quelques mots est celle de quelqu'un d'affreux, comparable aux Attila, Tamerlan, Gengis Khan, Ivan le Terrible...
6. Néanmoins, ce qui frappe, dans le cours de l'émission, c'est que l'invité semble, à plusieurs reprises, modérer les ardeurs de Patrice Gélinet, qui pousse au noir la peinture de Saint-Just. Ce qui est aussi frappant, c'est que l'on peut faire de ce portrait une double lecture, et, en particulier (bien que les deux interlocuteurs se gardent de le dire !), une lecture qui peut s'appliquer à ce que la droite abomine et diabolise : à savoir la gauche dans sa version "communiste" et l'islamisme. Par exemple :
- Lorsque Patrice Gélinet dit : "Saint-Just avait fait voter une loi du maximum sur les salaires et les prix", à quelle autre mesure contemporaine cela fait-il penser, sinon au contrôle des prix, mesure considérée comme abominable par la droite et les libéraux ? D'où l'enchaînement régressif suggéré : "Contrôle des prix = loi du maximum = Saint-Just = Terreur", d'où, en définitive, l'égalité : "Politique de gauche = Terreur".
- De même, lorsque Patrice Gélinet décrit le rôle de Saint-Just comme représentant en mission auprès des armées, il dit : "Qu'est-ce qu'il fait quand il est à Strasbourg ? Il demande aux riches, au fond, de donner leurs chaussures et leurs manteaux aux soldats...". Ce qui est intéressant, dans ce que dit Gélinet, ce n'est pas sa description de la réquisition auprès des Strasbourgeois, c'est le "au fond". Que vient faire cet "au fond" ? Qu'est-ce qu'il apporte à la phrase ? Quel est le sens qui se cache derrière cet ajout inconscient ? Le don des chaussures et des manteaux, en soi, n'était pas grand chose : si les riches n'avaient été touchés que dans leurs vêtements (c'est-à-dire ni dans leurs immeubles, ni dans leurs meubles, ni dans leurs disponibilités monétaires), le sacrifice n'aurait pas été bien grand. Mais il faut surtout voir le symbolique : s'en prendre aux chaussures et aux manteaux, c'est dépouiller. A la lettre et symboliquement. Et c'est là qu'intervient le "au fond", car il ne concerne pas ce qui suit (c'est-à-dire les chaussures et les manteaux), mais ce qui précède, c'est-à-dire... les riches. Et l'on est inconsciemment amené à penser impôts sur les riches = "prélèvements confiscatoires" = "ISF"...
- Certes, Patrice Gélinet fait soigneusement la distinction entre Saint-Just et la fraction gauche de la Convention (Hébertistes), comme, plus tard, avec de vrais précurseurs d'un idéal communiste, comme Babeuf (Saint-Just est très attaché à la propriété), et Lafaye précise que Saint-Just était pour une monarchie constitutionnelle. Les deux interlocuteurs admettent que Saint-Just n'était pas extrémiste sur les fins mais sur les moyens. Mais, subtilement, cette distinction joue, au bout du compte, contre l'idée révolutionnaire parce que, même chez des esprits modérés (dans les idées) comme Saint-Just, la violence finit par s'imposer. Et l'on a vite fait de remonter du moyen à la fin : si le moyen (guillotine) était violent, la fin (recherche de l'égalité) ne l'était-elle pas aussi ?
- Jean-Jacques Lafaye termine par ces mots : "[Saint-Just] était un parangon de l'extrémisme et l'extrémisme guette toujours dans le monde d'aujourd'hui". Les termes d'extrémisme et de fanatisme (employé dans la présentation) sont des termes-jokers, que l'on peut employer en pensant à quelque chose de bien précis et en sachant que l'interlocuteur l'entendra ainsi, mais en niant avoir l'avoir suggéré. Et certes, on peut penser aux extrémistes et fanatiques de l'ETA, ou de l'IRA, ou au Front National, ou aux partis d'extrême droite en Autriche ou en Belgique. Néanmoins, l'insinuation que ces sens pourraient se cacher est spécieuse. Car, à quoi pensent les Français, en juin 2007, lorsqu'on leur évoque des extrémismes et des fanatismes ? A ceux de l'islamisme, évidemment. Ce n'est pas à dire que les extrémismes de droite ne tuent pas dans l'Europe de 2007, mais ils sont tout de même moins prégnants dans les médias que tout ce qu'on nous présente des islamistes.
Ce qui m'a surtout frappé, dans l'interview, c'était l'extrême (si j'ose dire...) imprécision du langage de Lafaye, le manque de données précises, chiffrées, de références aux événements révolutionnaires, aux institutions, et, pour tout dire, son amateurisme. A l'écouter, on ne s'explique pas la position éminente qu'occupa Saint-Just, sinon par des éléments superficiels (sa beauté, sa prestance) ou ses talents oratoires. Rien n'est dit de sa pensée, de ses qualités de décision, de jugement, d'analyse, de synthèse. On voit un Saint-Just par le tout petit bout de la lorgnette. Or, par sa jeunesse, par sa précocité, qui ne sont pas sans évoquer d'autres esprits précoces - et souvent morts jeunes (Mozart, Rimbaud, Gallois, Pouchkine...), c'est toute la Révolution qui, par Saint-Just, fut comme traversée par l'éclair du génie. Ne retenir de lui que l'homme du fanatisme et de la guillotine, n'est-ce pas rabaisser la Révolution... et tout ce qui s'en réclame ? Mais est-ce fortuit dans la France d'aujourd'hui ?
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
09:00 Publié dans Radio | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 31 mai 2007
31 mai 2007
Chers tous,
Je reprends - après un long silence ! - mes remarques à la suite d'un sujet présenté ce soir au journal de 20 h de France 2 par David Pujadas. Je les reprends parce que ce sujet m'en rappelle un autre, présenté par le même Pujadas il y a quelques jours. De quoi s'agit-il ?
1. Ce soir, David Pujadas présentait un reportage sur les combats de boxe, en Thaïlande, entre enfants de 4 à 10 ans. On voyait ces enfants courir, sauter à la corde, soulever des poids, s'entraîner sur un ring, puis combattre. Le manager disait que les enfants, contrairement aux adultes, qui s'observent avant de se battre, se donnent à fond. Et, de fait, on voyait ces jeunes se battre sans pitié et, autour du ring, des adultes hurlant, trépignant, brandissant des billets. A la fin, on voyait l'enfant (tout content) toucher la valeur de 4 euros (contre 100 au manager). Le reportage se terminait sur des considérations apitoyées à propos des enfants : sur leur avenir, leurs misères, leurs blessures, leurs dépressions, etc.
2. Il y a quelques jours - je ne peux préciser quand - le même David Pujadas présentait un reportage sur des parcs zoologiques bien particuliers en Chine. Les visiteurs étaient dans des autobus aux vitres solidement grillagées, et parcouraient un parc aux tigres. La particularité était que, dans ce parc, on donnait à manger aux tigres... des animaux vivants ! Par exemple des vaches, débarquées d'un camion à bascule et aussitôt déchiquetées par les tigres. Ou bien des poulets, présentés aux tigres par les visiteurs à travers les grillages, puis passés en force à travers ces mêmes grillages et dévorés par les fauves. Et la caméra de présenter des Chinois rigolards et excités. Suivaient quelques remarques sur les observations présentées aux Chinois et le scandale soulevé, en Occident, chez les défenseurs des animaux.
Observations :
Premier point désagréable. Dans les deux cas, David Pujadas a précédé le reportage d'un avertissement aux téléspectateurs, disant, en substance, que certaines images étaient particulièrement pénibles, et susceptibles de les heurter, etc. Cet avertissement était désagréable en ce que l'on sentait que, sous couvert d'un égard envers la sensibilité du public, le journaliste visait précisément le contraire : susciter la curiosité - une curiosité malsaine - pour scotcher le spectateur à l'écran. Il y a de nombreuses années, Patrick Poivre d'Arvor avait usé du même truc en annonçant, à plusieurs reprises à partir de 20 h, la diffusion d'un lynchage (qui avait lieu, je crois, au Zaïre). Or là, c'était bien pire, puisqu'il s'agissait du meurtre d'un être humain par d'autres êtres humains.
Deuxième point désagréable. Le journaliste a bien conscience que son sujet pousse au voyeurisme et que ce qu'il fait est vulgaire. [C'est vulgaire parce qu'il s'agit de l'équivalent d'un spectacle pornographique - exposition crue du corps et de situations-limites, comme la mort ou la fornication]. Alors, il se dédouane en assortissant son reportage de commentaires sociologiques ou moraux, de considérations "élevées", pour donner bonne conscience au téléspectateur (et à lui-même).
Troisième point désagréable. La vie des Chinois ou des Thaïlandais présente, à l'instar de toute vie, des myriades d'aspects. Mais pourquoi présenter les uns et les autres sous des aspects aussi antipathiques, aussi négatifs, et aussi anecdotiques ? Dans les deux cas, on voit, en effet, des gens se repaître de la souffrance (des animaux dans un cas, des enfants dans l'autre), des gens rire, vociférer, gesticuler. Pour les Thaïlandais, cela se complique de l'exploitation obscène des enfants et quand la caméra saisit l'organisatrice (car c'est une femme) brandissant la liasse de billets qu'elle a gagnés (comparativement aux pauvres coupures de l'enfant), on veut susciter dans notre esprit l'idée de : "mère maquerelle".
Quatrième point désagréable. Pour appuyer sur la sensiblerie, le réalisateur en rajoute dans le pathos : dans le cas des tigres, la caméra s'attarde sur le cadavre pantelant de la vache, sur la mâchoire du tigre se refermant sur le poulet. Pour les enfants, le reportage s'achève sur un petit enfant de 4 ans courant dans la rue, à côté d'une moto. Ces photos entrent dans une relation dialectique avec les précédentes, l'innocence des victimes rehaussant l'ignominie des spectateurs et celle-ci, en retour, soulignant la vulnérabilité des premières.
Dans un contexte où la connaissance de l'étranger par les Français est faible et anecdotique, souvent empreinte de préjugés, où chaque sujet d'un journal télévisé est bref (de quelques secondes à 4 ou 5 minutes), où la part de la politique étrangère est restreinte, une telle présentation de l'étranger est indigne et irresponsable.
Que va retenir, en effet, le téléspectateur habitué de David Pujadas ? Que tous les Asiatiques (et pas seulement les Thaïlandais, parce que le reportage sur les zoos chinois va lui revenir en mémoire) sont des sauvages, des brutes, des gens qui payent pour voir la souffrance ! Et il le pensera d'autant plus fort, qu'il y avait, ce soir, en ouverture de journal, un autre reportage sur un Français condamné à mort, en Indonésie, pour fabrication de drogue. Là aussi, le condamné était présenté comme un homme tranquille, de bonne foi, qui risquait d'être fusillé (peine de mort pratiquée en Indonésie). La consommation de drogue étant banalisée, en France, l'évocation de la condamnation à mort ne pouvait, par contraste, faire apparaître la condamnation que comme monstrueuse.
A l'issue du journal, le spectateur était donc marqué par la sévérité inouïe (enfin inouïe pour les moeurs judiciaires françaises) de la condamnation indonésienne et la barbarie des combats de boxe thaïlandais entre enfants, ne pouvait donc avoir qu'une image très négative de l'Asie. Compte tenu de l'audience de France 2 et de son impact, je considère ces reportages comme irresponsables, non-pédagogiques et attisant l'animosité entre les peuples. Que penseraient les Français si, au Japon, on faisait un reportage sur les conducteurs qui, au bord des routes, s'arrêtent pour uriner ostensiblement (ce qui est, paraît-il, une caractéristique de l'automobiliste français) ?
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
12:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 22 mars 2007
22 mars 2007
Chers tous,
Ce matin, sur France Inter, les invités de Nicolas Demorand, de 8 h 20 à 9 h, étaient Stéphane Rozès, directeur de l'institut de sondage CSA, et Loïc Blondiaux, professeur à l'IEP de Lille. Le sujet était : "Sondages : vrais ou faux amis ?" et l'émission avait lieu depuis Auxerre, ville censée représenter l'opinion française.
A un moment, Nicolas Demorand a interpellé ainsi Loïc Blondiaux : "J'aurais une question très précise à vous poser. On a vu un certain nombre de sondages indiquer que François Bayrou remporterait le second tour s'il y était, mais le problème, c'est que les mêmes sondages ne le qualifient pas pour le second tour ! Alors, comment analysez-vous ce qui est, au sens strict, une fiction ?". Et Nicolas Demorand, tout faraud, d'annoncer cela comme s'il avait découvert un nouvel anneau de Saturne...
Le problème (pour reprendre les termes du journaliste), c'est qu'en énonçant cette fine constatation, Nicolas Demorand ne faisait qu'avouer (ingénument) son ignorance du paradoxe de Condorcet, lequel prouve l'impossibilité de dégager avec certitude une volonté générale à partir d'une somme de volontés individuelles. Autrement dit, dans le cas qui nous occupe, si les électeurs préfèrent A à B et B à C, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'ils préféreront A à C ! D'où la possibilité que François Bayrou puisse fort bien, dans l'hypothèse d'un second tour, où il serait opposé à Nicolas Sarkozy, battre ce dernier, même si les électeurs ne le font pas accéder audit second tour...
En effet, ce qui est vrai au niveau individuel (si j'aime plus les fraises que les cerises et plus les framboises que les fraises, il s'ensuit que j'aimerai nécessairement plus les framboises que les cerises) n'est plus du tout vrai au niveau collectif, dès lors qu'on demande à un groupe de hiérarchiser ses choix. Ce paradoxe a été illustré avec humour par André Warusfel, dans "Les nombres et leurs mystères" (Seuil, Point Sciences, 1961, pages 28 à 30), et élargi par Kenneth Arrow.
De façon plus large, cette remarque souligne le manque de connaissances théoriques des journalistes, que j'avais déjà pointé avant-hier à propos de Fabrice Drouelle. En daubant sur l'archaïsme du trotskisme (voire, plus généralement, du marxisme), Fabrice Drouelle ne faisait que confirmer son ignorance de la philosophie. Cette dernière, en effet, est un outil conceptuel qui peut être repris à tout moment à partir de ses prémisses ou de ses postulats, et indépendamment du cadre dans lequel il s'insère (paganisme antique, christianisme ou pensée révolutionnaire socialiste). Quelques exemples :
- Même si Platon mourut en 348, sa pensée n'en continua pas moins à inspirer l'école néo-platonicienne, qui naquit au IIIe siècle (soit 500 ans au moins après la disparition du fondateur), ainsi que toute la théologie chrétienne du Moyen Age. Même chose pour le néo-thomisme (600 ans de différence) et même chose aussi pour certains problèmes soulevés par les philosophes du Moyen Age, tels que, par exemple, la querelle des universaux. Pour une large part des journalistes, le "marxisme", c'est l'Union soviétique, l'homme au couteau entre les dents... Mais, mutatis mutandis, la grille d'explication marxiste de la société et de l'économie demeure toujours pertinente.
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
19:18 Publié dans Radio | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 20 mars 2007
20 mars 2007
Chers tous,
Aujourd'hui, j'ai écouté le journal de 13 h de France Inter présenté par Fabrice Drouelle. Il y était question, entre autres, des 12 candidatures à la présidence de la République entérinées hier par le Conseil constitutionnel. Je suis allé sur le site de France Inter réécouter les termes de Fabrice Drouelle. Voilà ce qu'il a dit et voici mes remarques.
1. En introduction : "[Cinq candidats d'extrême gauche]... dont trois trotskistes, un candidat sur quatre trotskiste : spécificité française" [Le "deux points" est de moi].
Remarques : lorsque, aujourd'hui, les médias ou personnes publiques (de la politique ou des intellectuels) usent d'expressions comme "spécificité française" ou d'adjectifs comme "franco-français", c'est presque toujours pour introduire un blâme, une critique, une moquerie à l'égard de leur pays. Et même, plus spécifiquement, c'est pour vilipender la France ou dauber sur ses habitudes à partir d'un point de vue qu'on dira, selon les préférences, américain, anglo-saxon ou néo-libéral. En effet, ces "spécificités françaises" ne sont en général pas flatteuses : que ce soit notre agressivité au volant, les "tracasseries" de l'Administration, l'empilement des collectivités territoriales, les "fromages-qui-puent" ou les hommes qui s'arrêtent pour uriner au bord des nationales.
Mais, bien entendu, la critique suprême est celle de notre refus obstiné (et incompréhensible) à recevoir la "bonne parole" néo-libérale : la France est le pays le plus hostile au libre-échange, le pays où l'économie est enseignée par des professeurs marxistes, le pays où l'administration est soviétoïde, etc. Et les trois candidats trotskistes sont présentés comme on présente, dans les grottes de Postojna (en Slovénie) le "proctus anguineus", animalcule préhistorique aveugle, qui ne subsiste qu'en ces lieux...
2. Après avoir traité quelques sujets, dont une manifestation d'enseignants, Fabrice Drouelle revient sur les candidats trotskistes. Il dit : "[Dont trois trotskistes], trois héritiers d'une idéologie du début du siècle dernier, dont on a un peu de mal à établir le lien qu'elle peut avoir avec les problèmes d'aujourd'hui en France...".
Remarques : il vaudrait la peine de revenir sur chacun des termes employés par Fabrice Drouelle, ainsi que sur les figures de style ou les pronoms personnels, tant ces termes sont révélateurs de tournures d'esprit, de tics de pensée... et, aussi, "d'idéologie", mal suprême dont il va de soi que Fabrice Drouelle, lui, n'est pas affligé.
- La survalorisation du présent et du futur, et, corrélativement, la dévalorisation du passé. Tout ce qui est du passé est dévalué, dévalué techniquement (les postes de télévision à tube), dévalué au sens monétaire - et originel (le franc est dévalué parce qu'on ne peut plus rien acheter avec) et dévalué moralement (ce qui était du passé a échoué et, par là même, a prouvé sa dévalorisation). Quels sont les mots qui expriment ce rapport au temps ?
- D'abord "héritiers" : hériter, c'est moralement répréhensible, car c'est parvenir en haut par les efforts des autres (ses ancêtres). Qui présente-t-on sans cesse comme modèles dans les "success stories" ? Microsoft, Apple et Google, dont l'ancienneté n'est pas de plus de 30 ans, et dont les créateurs sont "partis de rien" ! Même chose en France avec tel grand chef de cuisine créateur prodige, avec tel Carlos Ghosn, avec tel Jean-Marie Messier.
- Ensuite "début du siècle dernier", qui s'oppose à "aujourd'hui", lequel "aujourd'hui" est censé concentrer toutes les vertus. Dans une période où, pour un agent de change à la Bourse, le "long terme" est le quart d'heure qui suit, on a l'impression que, comme les informaticiens, Fabrice Drouelle vit "les années de chien". [Petite explication : on me disait, il n'y a pas si longtemps, qu'un an en informatique, c'était 7 ans de vie humaine, tant les progrès techniques étaient rapides et cumulatifs - progrès des mémoires, des vitesses d'horloge, des écrans plats, de l'Internet, etc., qui se multipliaient les uns les autres - à l'instar des chiens dont on pensait qu'un an pour eux c'était comme 7 ans pour nous]. Je ne suis pas éloigné de penser que, tout au fétichisme de la technologie, Fabrice Drouelle pense que celle-ci entraîne tout dans son sillage (moeurs, habitudes, politique, façon de vivre) et qu'il y a peut-être, pour lui, autant de distance entre 2007 et la Révolution d'Octobre qu'il y en avait entre celle-ci et Philippe le Bel...
- Idéologie (au singulier comme, d'ailleurs, dans un hypocrite pluriel) est le mot codé qui veut dire : pensée de gauche. Il signifie non seulement "qui s'oppose à la réalité", "qui refuse la réalité" mais aussi "qui veut déformer la vie dans un sens de toutes façons voué à l'échec". Sous une forme un peu ampoulée et pseudo-savante, ce n'est jamais que la reprise de la rengaine des conservatismes depuis 1789 : "Vous savez, de tout temps, il y a eu des riches et des pauvres, et ça, vous n'y pouvez rien...".
- "On a un peu de mal à établir le lien..." : litote à caractère ironique voulant signifier, en fait : "on a énormément de mal à établir le lien..." ou "C'est une tâche quasi impossible que d'établir le lien...". Et, en effet, si, pour Fabrice Drouelle, tout se calque sur la vitesse des changements de l'informatique, si le temps de Trotski (celui de la Révolution d'Octobre) est vieux de 600 ou 700 ans, on aura autant de mal à appliquer les outils conceptuels du trotskisme à la société d'aujourd'hui que de réparer un ordinateur avec les outils du charron de Philippe le Bel...
- La naïveté (ou la puérilité, ou l'ignorance) de Fabrice Drouelle est de s'imaginer que l'homme ne vit que sur un seul tempo, le plus rapide (par exemple celui des journaux radio, qui sont déjà défraîchis en fin de journée) et que notre temps, en 2007, est irrésistiblement entraîné par les progrès quotidiens de la technologie.
- En fait, collectivement, l'humain vit des temps très différents. Le politique est perçu au jour près (14 juillet 1789, 18 Brumaire, 6 juin 1944...), l'économique est plus long, le social, l'artistique, le religieux, le moral, le culinaire, le linguistique ont chacun leurs rythmes (on comprend encore en grande partie la langue de Louis XIV). Et surtout, la société ne change que très lentement sous des formes qui ne font que se superposer. Par exemple, au début du siècle, le riche dominait le pauvre, physiquement, du haut de sa calèche attelée. Aujourd'hui, le riche roule en "4 x 4", d'où il domine le pauvre à pied ou à mobylette. Où est le changement ?
Comme disent les conservateurs : tout changer pour que rien ne change. Les rapports sociaux ou politiques ont très peu bougé. Comme l'a établi, entre autres, René Rémond ("Les droites en France"), le vocabulaire, le style, la rhétorique, les programmes, les ouvrages, les libelles, les mesures législatives de la droite sont demeurés remarquablement constants de 1815 (début de la vie parlementaire moderne) jusqu'à 2007. En prenant une photo tous les 15 ans, on pourrait établir une remarquable continuité entre hommes, idées et politiques entre ces deux dates. [Pourquoi 15 ans ? Parce que c'est à peu près deux fois un mandat - ancien - de président de la République et la moitié d'une génération, estimée à 30 ans. En remontant à 1917, on n'aurait ainsi que 7 photos à prendre (pas plus de 7 !), où on découvrirait de remarquables continuités (les hommes assurant la transition des uns aux autres), contrairement à ce que pense le superficiel Drouelle].
3. Dernier point amusant : Fabrice Drouelle a ouvert son journal par l'histoire de ce facteur de Royère-de-Vassivière, dans la Creuse (dont je vous ai parlé hier) sanctionné par la Poste parce qu'en plus du courrier, il apportait de menues courses aux habitants (la commune s'étend sur un très vaste espace, elle n'a que 650 habitants et un habitat dispersé). Il s'en scandalisait bien entendu : mais sa façon d'en parler n'était pas "de gauche", c'était, sous d'autres modalités, une charge contre les absurdités et les mesquineries de l'administration, à la manière poujadiste. Et, ce dont il ne se rendait pas compte, c'est que cette conception du "service public" était tout à fait contraire au type de fonctionnement d'une société qui, pour lui, est "le" modèle : celle, précisément, qu'il oppose aux candidats trotskistes...
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD 37
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lundi, 29 janvier 2007
29 janvier 2007
Surveillance de la pub
Aujourd'hui je vous propose de décortiquer une publicité. Je l'ai reçu sur mon ardinateur via un pop-up : il s'agit de vanter les mérites d'un opérateur boursier : la voici reproduite sans le logo évidement :
Que voit-on?
Le dapeau français travesti en drapeau mixte: moitié français (Bleu - Blanc - Rouge) et moitié drapeau Suisse (Croix blanche sur fond rouge) . J'ajoute en plus que cette publicité est dynamique et que l'on voit explicitement le drapeau Suisse venir sur le drapeau français.
Il y a fusion des 2 drapeaux : Fusion au sens de réunification comme entre l'allemagne de Est et de l'Ouest? ou Fusion au sens de l'entreprise? Assurément c'est dans cette deuxième catégorie que ce classe cette publicité. Le mouvement de la croix suisse vers le rouge du drapeau tricolore est là pour suggérer une prise de contrôle de la suisse sur la France.
Cette publicité est particulièrement perverse à cause de ses multiples sens.
Premier sens facilement identifiable: le domaine bancaire suisse, ses institutions, ses codes, ses habitudes, ses pratiques, est naturellement supérieur et il vient prendre le contrôle de ses homologues français symbolisés par un drapeau statique subissant l'estampille d'une la croix blanche (à la manière d'un fromage helvète) gage de qualité.
Deuxième sens plus subtil: Le drapeau français, donc la France, subit l'invasion d'une croix blanche. Or rappelez vous à quoi correspond la croix blanche dans l'histoire de France: elle est comme la fleur de lis, un des symboles de la monarchie depuis que Charles V l'a imposée aux régiments d'infanterie. Il faut comprendre ici que la monarchie (et ses gardes suisses), gage de stabilité vient prendre le contrôle du Rouge symbole du peuple. Pour ceux qui douteraient de cette analyse je vous renvoie aux gardes suisses des Tuilerie qui ont tiré sur le peuple de Paris en 1792. Un peu d'histoire ne fait pas de mal.
Continuons, observez le slogan: "Inutile de passer la frontière" revoie à l'actualité de l'évasion fiscale élevée au rang de sport national. Je ne developpe pas inutilement.
Ce slogan évolue : il apparait alors "Enfin du sans frais dans la banque". Le quadruple sens de "sans frais" qui va de "aucun cout/coup" à "sang d'une grande fraicheur" renvoi à la Croix Rouge (L'institution - en négatif (en antithèse) du drapeau suisse qui répare les dégats du système bancaire...) succeptible de venir en aide aux pauvres réfugiers fiscaux. Je passe sur le « sang frais » dans le domaine bancaire, il y a bien longtemps que ce secteur fonctionne en totale consanguinité. S'il y a bien un domaine où le sang frais n'arrivera jamais, c'est bien celui-là ....à moins d'un nouveau 10 aout...non non je rigole, quoi que...
21:05 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 28 janvier 2007
28 janvier 2007
Chers tous,
Ce dimanche matin, depuis 9 h (heure à laquelle j'ai écouté le premier journal), il n'était bruit, sur France Inter, que du sondage "CSA - Le Parisien" faisant état de la baisse de Ségolène Royal dans les opinions des Français. Voici mes remarques à ce sujet.
1. Il était dit, dans ce sondage, que les Français jugeaient, certes, que Ségolène Royal était "plus proche des préoccupations" des Français, mais que le programme de Nicolas Sarkozy était plus "solide", plus "crédible" et plus "précis. De surcroît, Nicolas Sarkozy proposait des "idées nouvelles". Ce sondage avait été effectué mercredi, auprès d'un millier de Français en âge de voter.
2. Il se trouve que j'étais présent, ce jour-là, lorsque ma femme a répondu à ce sondage, qu'elle avait mis le haut-parleur et que j'ai donc pu écouter les questions. Le sondage comprenait aussi des informations de type sociologique (si on travaillait, si on avait une connexion Internet, à haut débit, combien de fois on se branchait, etc.). Ce qui m'a étonné dans les questions, ce sont deux points qui, au demeurant, se retrouvent à peu près toujours dans les sondages :
- Ils posent souvent des questions qu'on ne se pose pas, sur des sujets auxquels on n'a pas forcément réfléchi et pour lesquels (je l'ai constaté), le tiers est exclu. Autrement dit, on ne pouvait pas, par exemple, renvoyer dos à dos Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ou dire : "Je ne trouve pas la question pertinente". Le vice de ces questionnaires est de donner, de façon artificielle, une importance démesurée à des questions qu'on ne se pose pas. Supposons que l'on interroge, par exemple, les Français sur la littérature coréenne ou sur la cuisine bolivienne en ne posant que comme questions (oui/non) : "L'aimez-vous ?" ou "Ne l'aimez-vous pas ?". Quelle serait la valeur d'une réponse positive ou négative alors que la vraie réponse serait : "Je n'en ai aucune idée" ?
- Les termes "solide", "crédible", précis", "moderne", "idées nouvelles" ne sont jamais définis, ce qui laisse ouverte la voie aux interprétations les plus contradictoires. En fait, en l'occurrence, la démarche est bien plus perverse : dans les faits, "moderne" et "idées nouvelles" correspondent toujours - je dis bien "toujours" - implicitement dans les médias, à des sens néo- (ou ultra)libéraux. Sont ainsi qualifiés de "modernes" ou "nouveaux", tout ce qui est déréglementation, baisse d'impôts, flexibilisation des conditions de travail, retraite par capitalisation, incitation à la compétition, à la vitesse, investissement en Bourse, etc. Ces sens sont admis y compris par des organes de presse qui se piquent d'une appartenance de gauche (Le Monde, Libération, Le Nouvel observateur). Ainsi, en feignant de croire que tout le monde est d'accord sur un terme sans équivoque, comme pour "une clé à pipe de 12" ou "une saucisse de Strasbourg", on impose en fait subrepticement une seule interprétation, l'interprétation de la pensée unique.
- Même chose pour "solide", "précis" et "crédible". Il n'y a, en effet, pas de symétrie entre les mesures de droite et les mesures de gauche. Autant les premières sont aisées à mettre en oeuvre (on le voit bien depuis 20 ans, et, singulièrement, depuis 2002) en ce que ces mesures sont celles de la classe dominante, qui possède déjà les entreprises, les banques, l'argent et les médias et les relations avec les classes dominantes des autres pays. Lorsque, par les urnes, cette classe accède au pouvoir, elle dispose donc, en outre, du pouvoir politique. Alors que le contraire n'est pas vrai : il n'y a pas, entre les salariés de tous les pays, les relations étroites qui existent entre leurs patrons. Une évasion de capitaux ou une manoeuvre contre les emprunts d'Etat français sera appuyée efficacement par les capitalistes étrangers, une grève nationale n'aura qu'exceptionnellement un prolongement à l'étranger. Il n'est donc pas difficile au programme de l'UMP d'être "solide", "précis" et "crédible" ! C'est celui qui a été mis en place pour démanteler les retraites en 2003, pour baisser les impôts des riches, pour mettre en vente des appartements à la découpe, pour saboter la Sécu, pour imposer le CNE, etc. Alors que les réformes de gauche (les 35 h) son tellement déformées par les pressions patronales qu'elles finissent par ressembler au couteau de Lichtenberg : "sans lame et dépourvu de manche". Evidemment que les mesures de Nicolas Sarkozy sont "solides", "précises" et "crédibles" ! Ce sont celles qui sont mises en oeuvre aujourd'hui...
3. Mais ce n'était pas tout : Pierre Lellouche (responsable UMP à la fois ultralibéral et atlantiste) avait été invité sur le même journal de 8 h 30 à 9 h. Il n'avait pas cessé de dauber sur Ségolène Royal qui, paraît-il, ignorait le nombre de sous-marins nucléaires français. On pourrait rétorquer à M. Lellouche que cette connaissance est tout à fait anecdotique et que si, avant 2000, on avait interrogé l'actuel président des Etats-Unis sur l'histoire et la géographie des pays du monde et ce sur des questions simples (par exemple, le nombre approximatif d'habitants des pays de l'Union européenne ou les belligérants de la guerre de 1914) il n'est pas certain que l'on n'aurait pas eu des surprises... (et même si on lui posait la même question aujourd'hui, après deux mandats). En outre, les sous-marins nucléaires ne sont tout de même pas des objets dont le chef de l'Etat s'occupe tous les jours. N'est-il pas plus grave qu'un ministre croie qu'avec un salaire de 4000 euros on est dans la classe moyenne ? (Alors que simplement la moitié ferait déjà le bonheur d'une bonne partie des Français...). Eh bien, à 10 h, à 11 h et à 13 h, France Inter n'a pas cessé de repasser les sarcasmes de Pierre Lellouche.
Question : lorsque l'on décompte du temps de parole des candidats aux élections, comment - et au profit de qui - compte-t-on la prestation du CSA ? Du Parisien ? De France Inter ? Sur des questions équivoques, biaisées, les médias s'engagent derrière un candidat.
Dernier point, qui n'a rien à voir : dans quelques jours, Microsoft va mettre en service son nouveau système d'exploitation Vista, pour laquelle la firme fait déjà de la publicité depuis des mois. Dans le journal de France Inter, vers 13 h 20, pour en parler, le journaliste de France Inter avait invité... Nicolas Mirail, propre responsable de Vista à Microsoft France ! On aurait pu imaginer que ce soit un rédacteur de journal informatique (non intéressé à l'affaire) ou un universitaire ou un sociologue. Eh bien non ! France Inter a ainsi offert, au moins, dans les 3 à 4 minutes (estimées) de publicité gratuite, à une heure de grande écoute à une firme richissime et ultra-dominante sur le marché ! De plus, aucune question critique n'était posée et le salarié de Microsoft et le journaliste s'entendaient comme larrons en foire, le premier disant qu'on pouvait se brancher à tout moment sur France Inter, et le journaliste, faisant chorus pour conclure : "Je retiens qu'on pourra écouter toutes les stations de France Inter". Même, le journaliste "servait la soupe", en disant, faussement alarmé : "Et il faudra renouveler son matériel ?". Et l'autre de se faire patelin en parlant de mémoires, de gigaoctets, de processeurs, de 500 euros comme de rien... Autrement dit, un marché considérable pour tous les marchands d'ordinateurs dans les mois à venir.
A ce propos, deux autres remarques :
- Nicolas Mirail, de Microsoft, disait : "On a besoin de faire autre chose", comme s'il allait de soi que, au bout de 6 mois, de 12 mois, de 2 ans, il était absolument indispensable de consommer toujours plus et davantage de production informatique : de l'ordinateur, de l'Internet, du haut débit, des images, des jeux, etc. Comme si ce "besoin" était du même ordre que les besoins humains de base (manger, se loger, être soigné) ou les besoins comme se cultiver, avoir des vacances, une retraite, etc. Présenter la consommation à outrance comme un "besoin" est pour le moins étonnant !
- Lorsqu'une entreprise publique (comme EDF, SNCF, France Télécom) a une position dominante sur son marché national, elle est l'objet de toutes les critiques, de toutes les moqueries, de toutes les calomnies, de toutes les médisances et de toutes les attaques. Or, Microsoft a un monopole privé sur le monde entier ! Un monopole supérieur (90 % pour Windows), par exemple, à ce qu'est le monopole public de France Télécom, en France, dans son seul secteur. Tout ce qui est péché, vice, tare quand le monopole est public devient donc vertu, qualité et avantage quand ce monopole est privé !
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud
19:30 Publié dans Radio | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 27 janvier 2007
27 janvier 2007
Chers tous,
Aujourd'hui, au journal de France Inter de 13 h, vers 13 h 10, j'ai entendu ceci : "Une famille de Lyon, qui percevait le RMI et était bénéficiaire de la CMU, possédait en réalité deux luxueuses villas avec piscine et jacuzzi, roulait en voiture de luxe et prenait des vacances outre-mer. Tout cela avec l'argent d'un trafic de la drogue. C'est la police qui, intriguée par son train de vie, qui ne cadrait pas avec celui de RMIstes, qui a découvert la vérité". On apprend aussi au passage qu'il s'agit d'une famille d'Algériens, qui se rendait souvent en vacances dans les pays arabes du Golfe. Quelles remarques peut-on formuler ?
1. Cette "information" (que je mets entre guillemets, symboliquement, comme une matière répugnante ou nauséabonde) n'est qu'une information anecdotique. [Un peu comme lorsqu'on apprend que quelqu'un qui est passé par la fenêtre depuis le 20e étage s'en est tiré avec un ongle arraché]. Comme, dans l'immense majorité des cas, ceux qui font de telles chutes sont aplatis comme des crêpes, la communication d'une exception est, au sens propre, "in-signifiante".
2. Néanmoins, cette information ne se comprend que dans un contexte où elle s'insère avec d'autres informations. Par exemple, comme je le disais le 4 octobre dernier, pour le journal de France 2 de 20 h de David Pujadas, à propos du long reportage sur le RMIste qui avait écrit "Moi, Thierry F, chômeur professionnel". Rappelons qu'il s'agissait d'un RMIste qui, dans un livre qu'il avait écrit, se vantait de n'avoir pas travaillé durant 25 ans, mais néanmoins d'être propriétaire de son studio grâce à l'exploitation savante, minutieuse et systématique de tous les secours possibles. Notons que ce sujet avait été suivi, dès le lendemain [souligné], d'un sujet sur une fraude à la Sécurité Sociale portant sur 20 millions d'euros, et qui faisait partir des médicaments en Afrique, en Asie et en Europe de l'Est.
3. Quel est l'effet recherché ? C'est le même que celui de la vision. Lorsque l'oeil voit trois points non alignés, le cerveau interprète ces trois points comme "un triangle". Lorsque l'oeil voit 18 images voisines l'une de l'autre en une seconde, le cerveau interprète cela comme "un mouvement". Lorsqu'on distille, dans les journaux (radio, télévisés) des informations "fortes" de ce genre [je dis "fortes" en ce sens que leur caractère exceptionnel, paradoxal, fait qu'elles sont retenues par la mémoire], le cerveau interprète cela comme : "les RMIstes et chômeurs sont des filous, des tricheurs, des bandits et on a bien raison de tout leur sucrer.
4. Notons aussi que cette information est couplée avec une autre. Dans le cas de "Thierry F.", il s'agissait d'un Français. Ici, c'est non seulement un Arabe, mais un Arabe "superlatif", une quintessence d'Arabe. Comment cela ?
- D'abord parce que ce n'est pas "un", mais une famille, ce qui introduit la notion de prolifique, d'invasion, de mafia : ils se serrent les coudes, se fournissent des alibis, font le guet les uns pour les autres, etc.
- Puis ce sont des Algériens, c'est-à-dire des gens qui ont livré une guerre de 8 ans à la France, ont tué 25 000 soldats, humilié le pays, chassé des colons d'une terre qu'ils avaient transformée de désert en paradis.
- Puis ce sont des délinquants, qui construisent leur prospérité sur le malheur et la dépravation des autres (la drogue).
- Puis ils vont en vacances dans des pays du Golfe qui, aux tares propres aux Arabes "de chez nous" (voleurs, paresseux, violeurs, assassins, poseurs de bombes, preneurs d'otages, profiteurs, etc.) ajoutent les traits propres aux Arabes riches (exploiteurs, maîtres chanteurs de l'Occident à cause de leur pétrole, financiers de terroristes, etc.).
5. Donc, ici, d'une pierre on fait deux coups : un coup contre la politique sociale française et un coup contre "l'invasion" du tiers monde. Comme on l'écrit à la fin des films : toute ressemblance avec le programme d'un candidat aux présidentielles, qui veut faire des charretées d'immigrés et imposer un programme ultralibéral ne serait que pure coïncidence...
Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, précisions et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
23:15 Publié dans Radio | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 11 janvier 2007
11 janvier 2007
Chers tous,
J'ai regardé, ce jour, le journal télévisé de 13 h de France 2, présenté par Françoise Laborde. Le séquençage des sujets (que j'ai pris sur le site de la chaîne) était le suivant (les chiffres sont ceux du début du traitement du sujet):
Les titres de l'actualité : 12 h 59 mn 07 s
Les deux enfants enlevés dans les Yvelines retrouvés : 13 h 00 mn 23 s
Les aveux du tueur présumé du pilote de quad : 13 h 05 mn 26 s
Saint-Sylvestre : 683 voitures brûlées ? : 13 h 06 mn 38 s
Pas-de-Calais : alerte aux vents violents : 13 h 08 mn 27 s
Manque de neige dans les stations de ski : 13 h 09 mn 56 s
Gastro-entérites : les urgentistes débordés : 13 h 11 mn 30 s
Les voeux de Jacques Chirac à la presse : 13 h 13 mn 39 s
Retraite : il faudra travailler plus longtemps ? : 13 h 15 mn 42 s
François Hollande s'exprime sur les impôts : 13 h 21 mn 05 s
Le secteur informatique recrute : 13 h 21 mn 19 s
La nouvelle stratégie de George Bush en Irak : 13 h 25 mn 37 s
Indonésie : des débris du Boeing disparu retrouvés : 13 h 25 mn 43 s
La pauvreté au Nicaragua, priorité de Daniel Ortega : 13 h 27 mn 30 s
De l'huile de colza dans vos moteurs : 13 h 30 mn 15 s
Le feuilleton : surendettement et justice : 13 h 32 mn 21 s
Allemagne : un film parodique sur Hitler : 13 h 37 mn 15 s
L'invité des 5 dernières minutes : Catherine Jacob : 13 h 39 mn 10 s.
Remarque n° 1. Il y avait 18 sujets pour à peu près 45 minutes de journal. Je n'ai pas trouvé l'heure de fin mais je m'en tiens à la lettre de l'intitulé du dernier sujet, c'est-à-dire 5 minutes, postulant que le journal s'achevait à 13 h 45. Cela donne une moyenne de 2 mn 30 s pour chaque sujet, avec des disparités, certains sujets étant plus longs que d'autres. Dans un laps de temps aussi court, une variation de 30 secondes, est donc, en valeur relative, considérable.
Remarque n° 2. Sur ces 18 sujets, quatre concernent l'étranger : un la politique irakienne de George Bush, un l'accident d'avion en Indonésie, un la situation sociale au Nicaragua, un une pièce de théâtre à caractère politique en Allemagne. Ces quatre sujets durent au total 6 mn 33 s. En s'en tenant à la moyenne, de quatre fois 2 mn 30 s, on devrait donc avoir des sujets durant au total 10 minutes. Donc, par rapport à la moyenne théorique, ces sujets font 3 mn 27s de moins, soit une diminution de 34,5 % du temps réservé à la politique étrangère par rapport au temps théorique.
Remarque n° 3. Sur ces 4 sujets de l'étranger, deux peuvent se rattacher à la politique internationale proprement dite, ceux qui concernent l'Irak et le Nicaragua. Celui de l'accident d'avion n'est qu'un fait divers se déroulant à l'étranger et celui de la pièce sur Hitler se rattache à la politique par des petits côtés. A la différence de ce que serait, par exemple, une déclaration d'Angela Merkel sur l'Europe, ou sur l'énergie, ou sur les troupes allemandes en Afghanistan, ou sur les investissements allemands en Europe centrale et orientale. Les deux sujets proprement politiques (Bush + Nicaragua) durent au total 2 mn 53 s, dont 2 mn 45 s pour le Nicaragua (mais il doit y avoir une erreur, car cela ne donne que 8 secondes pour Bush et j'ai l'impression que le reportage a été plus long. Je crois qu'il y a eu une erreur avec le sujet sur l'Indonésie et que le sujet sur Bush a duré une minute de plus, ce qui donnerait un total de 3 mn 53 s, ce qui, pour une durée théorique de 5 minutes, donne une diminution de 22,3 % du temps consacré à la "grande" politique étrangère).
Remarque n° 5. Sur le total des deux, le sujet important (l'Irak) passe - en temps - derrière celui du Nicaragua. En outre, il arrive à 13 h 25, c'est-à-dire à plus de la moitié du journal ! On ne peut pas dire que la politique internationale constitue une priorité dans le journal de Françoise Laborde... Cela est d'autant plus surprenant que le fait concerne une décision de la première puissance mondiale sur le point de politique internationale le plus important de cette puissance ! Important dans le sens qu'elle y a perdu plus de 3000 de ses soldats, dépensé 350 milliards de dollars, et qu'elle s'est brouillée avec nombre de ses alliés et s'est aliéné la totalité de l'opinion musulmane. En outre, venant avec les bombardements en Somalie, le lancement d'une opération en Afghanistan et des menaces à l'égard de l'Iran, la décision de George Bush d'expédier 21 000 soldats de plus en Irak marque une hostilité accrue - et active - des Etats-Unis à l'égard du monde musulman. Dans les semaines à venir, cela peut entraîner des conséquences dramatiques et on a, au mieux, une minute et demie de reportage placée presque en fin de journal (si l'on considère que le feuilleton et l'invité des 5 dernières minutes ne sont pas le journal stricto sensu).
Remarque n° 6. Les trois premiers sujets, qui durent 8 minutes (17,7 % du journal total mais 22, 8 % du journal réel en en excluant le feuilleton et l'invité des 5 dernières minutes) sont tous les trois uniquement consacrés à des crimes, délits et affaires judiciaires). Les informations sur la météorologie (vent et neige) durent 3 mn 03 s. L'accident d'avion en Indonésie (si l'on admet que le sujet sur George Bush se termine à 13 h 26 mn 37 s), dure 20 secondes (c'est à peu près l'impression que j'ai eue). Le sujet sur la gastro-entérite dure 1 mn 34 s. Donc, au total, les crimes, plus la météo, plus l'accident, plus la gastro-entérite représentent 12 mn 57 s, ce qui, pour un journal réel de 35 minutes, couvre plus du tiers du temps.
Remarque n° 6. La mentalité d'Ancien Régime, telle qu'elle a été étudiée notamment par Pierre Goubert et Robert Mandrou, se caractérise, dans les nouvelles, par les grands crimes (ou les grands procès, ce qui revient au même), les dérèglements du temps (auxquels la société de jadis, rurale à 90 % et très sujette aux moindres variations du temps était très sensible) et enfin aux grandes catastrophes de toutes sortes (incendies, épidémies, inondations, tremblements de terre). Ces trois thèmes, il faut le remarquer, entretiennent d'étroits rapports de cohérence. Un crime c'est une catastrophe en petit, une épidémie ou une inondation, c'est un homicide en grand, un dérèglement climatique peut être une catastrophe, il peut donner lieu à des crimes - quand on se choisit des boucs émissaires (juifs, gitans, marginaux, étrangers, asociaux) censés être coupables de phénomènes qu'on en comprend pas. [Les autres caractères de l'Ancien Régime mental, dans les journaux, étaient : le merveilleux, les contes de fées, l'admiration portée aux grands de ce monde ou aux êtres exceptionnels et enfin les fêtes (joyeuse entrées, visite ou avènement d'un souverain, fêtes paroissiales ou patronales, jubilés, victoires, etc.) et l'astrologie].
Remarque n° 7. Techniquement, notre époque n'a rien à voir avec l'Ancien Régime étudié par Goubert, Mandrou ou Lucien Bély (et qui correspond, en gros, aux règnes de nos cinq derniers rois - avant 1789 - c'est-à-dire aux rois Bourbons). Dans le domaine des "médias", au lieu des gazettes d'Ancien Régime, à la périodicité très variable, on a la télévision, la radio, l'Internet, le téléphone portable, l'ordinateur. Lorsque l'on fait la multiplication du nombre de récepteurs par celui des émetteurs, par la capacité de traitement, par la vitesse de transmission, par la rapidité de diffusion, par la qualité (c'est-à-dire par l'introduction du son et de l'image et de la manipulation des deux), le facteur multiplicateur, par rapport aux XVIIe et XVIIIe siècles, est tellement grand qu'on ne peut même plus parler de quantité mais de changement d'espèce ou de règne (comme on parle du règne minéral, végétal ou animal). Et pourtant, sur le fond, la teneur du journal de ce jeudi 11 janvier 2007 n'est guère éloignée de celle d'un contemporain de Louis XVI, ce qui, en soi, est porteur d'un projet idéologique.
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, AMD Tours
19:10 Publié dans TV | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 10 janvier 2007
10 janvier 2007
Chers tous,
Je souhaite vous entretenir de deux sujets des médias de ce jour, l'un long, l'autre court. Enfin, longs et courts dans ma présentation, pas sur le fond des choses.
Premier sujet (le long).
Ce matin, sur France Inter, l'invitée du "Sept-neuf trente", qui avait lieu de 8 h 20 à 9 h (moins une interruption de 8 minutes à 8 h 30 pour la revue de presse) était Danièle Karniewicz, présidente de la CNAV et secrétaire nationale de la CFE-CGC. Le sujet était : "Situation critique des retraites".
Remarque n° 1. Cette émission avait tout l'air de s'insérer dans une série d'autres émission sur le même thème (par exemple sur France 3 à 19 h 30), qui se ramènent pour la plupart à la même conclusion, déclinée sous toutes les formes : il faut partir plus tard à la retraite. On dit soit : "il faut allonger la durée de cotisation", soit "tous les pays européens partent plus tard", soit "la France est une exception", soit "il n'y a pas d'autres solutions", etc.
Remarque n° 2. Le journaliste intervieweur posait des questions très orientées, du type : "Diriez-vous que, pour la situation des retraites, nous sommes en faillite ?" ce qui, à la fois, dramatisait l'enjeu et préparait les interlocuteurs potentiels à accepter n'importe quelle solution (enfin, non, justement, pas "n'importe quelle"...) pour éviter cette épouvantable issue.
Remarque n° 3. A cette question, Danièle Karniewicz répondait : "Mais nous ne pouvons pas être en faillite puisque nous sommes dans le cadre d'une retraite par répartition". Extraordinaire réponse ! Extraordinaire en ce que les retraites sont "toujours" par répartition et qu'elles ne peuvent d'ailleurs être que par répartition. Et ce de deux façons :
- Soit financièrement. Dans le cas de la "répartition", les actifs versent directement aux retraités. Dans le cas de la capitalisation, c'est la même chose : l'actif qui a tout capitalisé, doit, le jour de sa retraite, liquider sa pension. Qu'est-ce à dire ? C'est à dire que, jusqu'à cet instant là, il n'a que des titres, qui ne représentent qu'une valeur potentielle. Ces titres (de propriété d'immeubles, d'obligations d'Etat, d'actions d'entreprises), il faut que quelqu'un les lui rachète à ce moment précis et les échange contre de l'argent qui sert à payer tous ses achats en France. On ne peut pas, en effet, acheter son pain avec une action Eurotunnel (sauf quand on veut faire un régime amaigrissant) ou payer son ticket de métro avec l'emprunt Balladur. Si personne ne se présente pour offrir de l'argent, ces titres n'ont aucune vertu efficace, car seul l'argent a valeur libératoire.
- Soit (et c'est bien plus important), matériellement. En effet, l'argent, en soi, n'est qu'un moyen. On ne mange pas des billets de banque et on ne suce pas des cartes de crédit. Tout se traduit toujours par quelque chose de matériel et de concret. Les retraités mangent, mais de la nourriture du jour. Les retraités voyagent, mais avec des Airbus 350, pas avec des Super Const